« Voir des personnes contraintes de fuir leur pays se noyer en Méditerranée dans l’indifférence nous paraissait à la fois inhumain et révoltant »
19 mars 2026

Dix ans après les premières opérations en mer, l’engagement des bénévoles reste plus que jamais au cœur de l’action de SOS MEDITERRANEE. Parmi eux, Christine et Benoît, soutiens de la première heure, ont contribué, en couple et chacun.e à sa manière, à faire vivre l’association. Retour sur les débuts de l’aventure, les moments significatifs et les raisons qui, dix ans plus tard, continuent de nourrir leur engagement. 

Vous êtes bénévoles depuis les débuts de SOS MEDITERRANEE. Pouvez-vous nous replonger dans ce moment : dans quel contexte avez-vous décidé de vous engager, et qu’est-ce qui vous a motivé.e.s à rejoindre l’aventure ? 

Christine et Benoit : Nous avons découvert SOS MEDITERRANEE en septembre 2015 lors d’une réunion de présentation organisée au MUCEM, à Marseille. Nous avons été profondément touché.e.s par les témoignages entendus ce jour-là, ainsi que par les photos présentées par un journaliste. 

À la fin de la rencontre, il nous a semblé évident que nous voulions nous engager. Voir des personnes contraintes de fuir leur pays se noyer en Méditerranée dans l’indifférence nous paraissait à la fois inhumain et révoltant. Nous venions tout juste de prendre notre retraite et nous étions disponibles : c’était le bon moment pour nous investir. 

Très vite, nous avons commencé à participer à la vie de l’association en répondant à des courriels. Puis nous avons participé à de nombreuses autres activités : tenue de stands, accueil lors d’événements, suivi des donateurs et envoi des reçus fiscaux, avec la petite équipe de bénévoles des débuts. 

Dès 2016, nous avons aussi commencé les sensibilisations scolaires, souvent aux côtés de marins-sauveteurs ou même parfois de personnes rescapées. Christine a ensuite pris la responsabilité des interventions scolaires de l’antenne en région sud – Provence-Alpes-Côte d’Azur. 

Dix ans plus tard, vous êtes toujours présents. Quel est votre rôle, respectivement ? Et qu’est-ce qui vous pousse à continuer, année après année ? Y a-t-il des moments, des rencontres qui vous ont particulièrement marqués ? 

Benoit : Je me suis occupé de répondre aux courriels pendant longtemps, avant que d’autres bénévoles me rejoignent. Je suis aujourd’hui moins sollicité, mais toujours présent.  

Un moment marquant pour nous reste l’arrivée de l’Aquarius à Marseille, en février 2016, avant sa première mission. Pendant tout un week-end, nous avons fait visiter le bateau à des centaines de personnes. Puis il y a eu les adieux et le départ vers la Méditerranée centrale. C’était un moment très fort, à la fois enthousiasmant et émouvant. Au fil du temps, les sauvetages se sont multipliés, montrant l’ampleur des drames humains en Méditerranée, et à quel point ces missions étaient nécessaires. Au début, nous rencontrions souvent les marins-sauveteurs, qui nous racontaient directement ce qu’ils avaient vécu en mer. Ces échanges ont été très marquants et ont créé des liens forts entre tous. 

Christine : Je reste relais pour les demandes dans les écoles primaires et j’interviens encore dans certaines classes. Nous continuons également à participer, de temps en temps, à des événements importants pour l’association.  

Je me souviens notamment du témoignage d’un marin-sauveteur qui avait dû rester pendant plusieurs heures auprès d’une embarcation en difficulté, pendant que l’Aquarius partait secourir un autre bateau en péril imminent. Il avait aidé les personnes à écoper tout ce temps, en attendant le retour des secours. À SOS MEDITERRANEE, on rencontre souvent des personnes extraordinaires, et cela donne envie de continuer. 

En tant que couple, comment vivez-vous cet engagement commun ? Qu’est-ce que cela change ou apporte dans votre parcours de bénévoles ? 

Christine et Benoit : Au début, nous faisions beaucoup de choses ensemble : les événements, les manifestations, les sensibilisations dans les écoles, etc. 

Nous avons beaucoup apprécié cette manière de nous engager à deux, après des parcours professionnels et personnels parfois différents. Cet engagement commun s’inscrit pleinement dans nos valeurs, à la fois personnelles et familiales. 

Ces actions sont aussi des moments de rencontre et de partage, qui donnent beaucoup de sens à notre engagement. Et nos enfants nous soutiennent pleinement dans cette démarche, ce qui compte beaucoup pour nous. 

Et si l’on se projette dans dix ans… Quels espoirs portez-vous pour l’avenir de SOS MEDITERRANEE ? Et qu’aimeriez-vous transmettre aux personnes qui souhaiteraient s’engager à leur tour ? 

Christine et Benoit : Dans dix ans… nous aimerions pouvoir dire que SOS MEDITERRANEE ne sera plus nécessaire. Mais malheureusement, au vu de la situation actuelle, il est probable que l’association ait encore un rôle essentiel à jouer. 

Ce qui nous donne de l’espoir, en revanche, c’est de voir de plus en plus de jeunes s’engager. Leur enthousiasme et leur entrain sont les moteurs de demain, l’espoir qui continue à nous porter tous les deux. 

Crédit photo : Mehdi / SOS MEDITERRANEE

Contenu | Menu | Bouton d