Depuis dix ans, les opérations civiles de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale ne font pas seulement face aux tempêtes, aux naufrages ou aux politiques d’entrave. Elles sont aussi confrontées à une autre forme d’attaque plus sournoise : la désinformation. Déconstruire les fake news, c’est défendre les faits, mais aussi la mémoire et la dignité des personnes secourues.
On l’a lu et entendu : “La présence des navires humanitaires pousse les personnes à traverser”. “Les navires humanitaires sont complices des passeurs.” “Les ONG de recherche et de sauvetage en mer créent un appel d’air.”
Répétées à grande échelle dans le débat public, ces affirmations erronées, parmi d’autres, ont progressivement cherché à présenter les ONG de recherche et de sauvetage, dont SOS MEDITERRANEE, comme des organisations illégitimes, et même dangereuses.
Derrière les fake news, une bataille du récit
Face à cette désinformation, déconstruire les fake news ne consiste pas seulement à corriger des contre-vérités. Il s’agit de rappeler des faits fondamentaux : en mer, porter assistance à une embarcation en détresse est une obligation inscrite dans le droit maritime international, et les navires humanitaires agissent dans un cadre légal précis, en coordination avec les autorités maritimes compétentes.
Ce rappel systématique du contexte est essentiel car, à force d’être répétées, certaines affirmations finissent par s’imposer dans le débat public, même lorsqu’elles ont été démenties par les faits ou par les recherches universitaires. Cette mécanique est connue, le doute entretenu fragilise la confiance, brouille les responsabilités et détourne l’attention des réalités que sont les causes profondes des migrations, le désengagement progressif des États en mer, ou encore l’extrême dangerosité des traversées.
La désinformation autour des parcours migratoires et du sauvetage en mer ne repose d’ailleurs pas uniquement sur des erreurs factuelles. Elle participe aussi à une bataille du récit et de la représentation des personnes en exil. Réduites à des chiffres, à des menaces ou à des catégories abstraites, leurs histoires individuelles disparaissent peu à peu du débat public.
Les fake news contribuent ainsi à une forme d’effacement : effacement des causes des départs, effacement des violences subies en Libye ou en mer, effacement des responsabilités politiques, mais aussi effacement des personnes elles-mêmes. Car l’effacement ne naît pas seulement du silence : il peut aussi être fabriqué par la répétition de récits mensongers.
Le devoir de mémoire
Enfin, démanteler les fausses informations sur les ONG de recherche et de sauvetage, c’est aussi défendre une parole juste sur ce qu’il se passe concrètement en Méditerranée centrale, c’est refuser que certaines morts deviennent normales, que certaines violences deviennent invisibles, que certaines vies cessent d’être racontées. Car ce qui s’y joue ne concerne pas seulement des politiques migratoires ou des frontières : il s’agit aussi de mémoire et de responsabilité collective.
Les fake news visant les ONG de recherche et de sauvetage ne sont pas de simples contre-vérités : elles participent sciemment à une forme d’effacement, pour laisser la place à des récits simplificateurs et stigmatisants.
Dans ce contexte, documenter les faits, témoigner et rappeler les réalités en mer devient essentiel. Car rétablir la vérité, c’est aussi refuser que les drames humains en Méditerranée sombrent dans l’indifférence et l’oubli.
Téléchargez le dépliant « Stop aux fake news sur le sauvetage en mer ».
Crédit photo : Javier Alvarez / SOS MEDITERRANEE



