Dossier thématique 

Jeunesse naufragée

Avertissement 

Certains récits de vie comprennent des scènes d’une rare violence - torture, viol, extorsion, mise à mort et naufrage – qui sont très explicites. Nous préférons vous en avertir.

Les éléments établis dans ce recueil de témoignages sont exclusivement tirés des propos tenus par les personnes rescapées depuis 2016 et de nos observations en mer. Cependant, de nombreuses organisations intergouvernementales comme le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR)2 ou l’Organisation internationale pour les migrations (OIM)3 ont amplement documenté et corroboré ces récits, notamment en ce qui concerne les violences – y compris sexuelles – subies lors du parcours migratoire, en Libye et en mer. Tous les prénoms des femmes qui témoignent ont été modifiés pour préserver l’anonymat et la sécurité des rescapées.

MINEURS NAUFRAGÉS :
UN DEVOIR DE PROTECTION

Près du quart des rescapés secourus par l’Aquarius et l’Ocean Viking, les navires de SOS MEDITERRANEE, sont mineurs, dont la grande majorité voyagent seuls. Ce dossier a pour but de raconter leur histoire, sur la base de leurs propres témoignages. Ils s’appellent James, Esther, Sélim, Souleyman, Yasmine, Magdi, Youssouf, Abdo, Hamid et Yussif. Avant d’être des « migrants », ce sont avant tout des adolescents avec des histoires singulières, souvent très difficiles : il faut voir en eux des êtres humains rendus vulnérables du fait de leur âge, de leur isolement et des dangers du périple qui les a menés sur la route migratoire maritime la plus mortelle au monde, en Méditerranée centrale. Les droits humains fondamentaux et les besoins essentiels de ces jeunes – particulièrement exposés à de multiples exactions durant leur trajet, leur séjour en Libye et la traversée de la Méditerranée – doivent être garantis en toute circonstance : le premier de ces droits est celui de vivre. Le devoir d’assistance à personne en danger de mort devrait s’imposer sans ambages à terre comme en mer : c’est pourquoi SOS MEDITERRANEE réclame depuis sa création en 2015 que des flottes navales européennes conséquentes soient mobilisées sans plus attendre pour secourir toutes ces embarcations de fortune perdues en haute mer. À défaut, des ONG comme SOS MEDITERRANEE contiuent de porter assistance aux femmes, aux hommes et aux enfants qui fuient l’enfer libyen au péril de leur vie. La protection de tous les rescapés à bord des navires de SOS MEDITERRANEE demeure une priorité jusqu’au débarquement dans un port sûr, comme le prévoit le droit maritime international. Une attention particulière est portée à ces rescapés mineurs doublement vulnérables. Outre sa mission de sauvetage et de protection des rescapés, l’association porte également une mission de témoignage tout aussi vitale. Ce dossier rassemble des extraits de dix témoignages de jeunes recueillis entre 2016 et 2020 qui permettent de mettre en lumière le drame qui se déroule en mer aux portes de l’Europe, dans l’indifférence quasi générale, et redonner un visage et une voix à cette jeunesse naufragée.

J’avais seulement 17 ans [quand mes parents sont morts]. J’étais livré à moi-même, il fallait que je gagne ma vie pour survivre. Aucune chance de trouver du travail dans ma région. […] [En Libye], il y a des exploitations agricoles qui ont besoin de main-d’œuvre… […] Je recevais des coups de poing ou des coups de bâton. C’était horrible. […] Nous nous sommes cachés dans le sable pendant quatre jours. Une nuit, des hommes sont arrivés avec des armes et nous ont forcés à monter sur ces bateaux pneumatiques. […] J’ai poussé un ouf de soulagement quand je vous ai vus approcher sur vos canots de sauvetage. […] Jamais au grand jamais je ne retournerai dans ce pays qu’est la Libye, je ne veux même plus entendre prononcer ce nom. […] Je veux aller à l’école et apprendre à lire et à écrire. Mon rêve c’est d’aller à l’école, même à 22 ans. Tu crois que c’est possible ? ”

Lire le témoignage complet de James

JAMES*

22 ans lors de son sauvetage, 17 ans au moment de quitter seul son pays d’origine, le Nigéria

37023*

PERSONNES SECOURUES DEPUIS 2016

*26/10/2022

24%*

DES PERSONNES SECOURUES DEPUIS 2016 AVAIENT MOINS DE 18 ANS

*08/07/2022

8692*

MINEUR.E.S SECOURU.E.S DEPUIS FÉVRIER 2016

*05/08/2022

Parmi les rescapés de moins de 18 ans, 80 % voyageaient seuls, c’est-à-dire qu’ils n’étaient accompagnés ni par un parent, ni par un représentant légal. Leur parcours peut avoir duré de nombreuses années. Ce dossier spécial vise à mettre en lumière le récit de quelques-uns de ces rescapés qui ont quitté leur foyer alors qu’ils n’étaient que des enfants ou des adolescents, ont parcouru de grandes distances, pour la plupart seuls, puis ont vécu ce qu’ils appellent l’ « enfer libyen » avant d’être secourus en Méditerranée centrale par SOS MEDITERRANEE sur la route migratoire maritime la plus mortelle au monde.

22 % DE RESCAPÉS MINEURS, DONT PLUS DE 80 % VOYAGEANT SEULS… ET DE NOMBREUX JEUNES ADULTES

La plupart des témoignages de ce dossier ont été recueillis entre 2016 et 2020 auprès de personnes mineures au moment de leur sauvetage, qui constituent près d’un quart des rescapés à bord des navires de SOS MEDITERRANEE. La vaste majorité de ces adolescents voyageaient seuls. Beaucoup de jeunes adultes à bord – comme James, Souleymane ou Magdi – ont aussi entrepris leur périple seuls avant leurs 18 ans mais ont atteint la majorité en chemin.

LES ROUTES MIGRATOIRES
MÉDITERRANÉENNES VERS L’EUROPE

Afin de fuir des situations insoutenables dans leur pays d'origine ou sur la route migratoire – guerre, violences, pauvreté… – des milliers de personnes tentent de traverser chaque année la mer Méditerranée dans des embarcations précaires, impropres à la navigation et surchargées. Les trois voies migratoires les plus empruntées en Méditerranée aujourd'hui sont celles de la Méditerranée Occidentale, de la Méditerranée Orientale et de la Méditerranée Centrale, où intervient SOS MEDITERRANEE.

Selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations-Unies (HCR), 123 700 personnes sont arrivées en Europe par ces trois routes migratoires en 2019, contre 1 032 400 arrivées en 2015 . Bien que le nombre d’arrivées par la mer ait donc fortement diminué, le taux de mortalité a quant à lui augmenté, signifiant que le risque de mourir pendant la traversée est plus élevé. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), sur les 1885 personnes décédées en tentant de traverser la Méditerranée en 2019 – sans compter les embarcations disparues en mer sans témoin –, 1 262 sont mortes en Méditerranée centrale, qui demeure aujourd’hui la route maritime migratoire le plus mortelle au monde. Cette mortalité importante s’explique entre autres par la très grande distance (300 à 400 km) qui sépare les côtes de la Libye et celles de l’Italie, le manque cruel de capacités de recherche et de sauvetage étatiques déployées en Méditerranée centrale, auquel s’ajoute les multiples entraves à l’endroit des navires des ONG et une coordination déficiente des garde-côtes libyens. Le nombre de mineurs qui se sont noyés ou ont disparu en mer demeure difficile à mesurer, particulièrement en Méditerranée centrale où dans plus de 85 % des incidents rapportés, l’âge des migrants n’est pas connu.

10 TÉMOIGNAGES, 10 HISTOIRES SINGULIÈRES

Les histoires des rescapés mineurs sont très diverses, leur réalité complexe et les raisons de leur départ variées. Dans leur pays, ils sont généralement confrontés à de grandes inégalités et encourent parfois des risques importants. Ils empruntent des routes migratoires extrêmement dangereuses, traversant souvent plusieurs pays, y compris des déserts. Ceux qui arrivent en Libye puis sont secourus en mer par SOS MEDITERRANEE témoignent d’expériences douloureuses accumulées avant et pendant leur parcours migratoire.

La décision de quitter le pays d’origine relève de raisons complexes liées au contexte politique, socio-économique et sécuritaire du pays, de même qu’à la situation familiale. Pour certains mineurs, partir est l’unique chance de survie face à la guerre, aux persécutions ou à la violence dans leur pays ou dans leur famille.

D’autres ont choisi de partir, ou n’ont eu d’autre choix que de partir, dans le but de trouver un emploi pour subvenir à leurs propres besoins ou aux besoins de leur famille.

Enfin, certains jeunes quittent leur pays en quête d’une éducation ou simplement d’un meilleur avenir.

J’ai quitté ma famille au Ghana puisque dans notre tradition, une fille doit marier le fils de son oncle paternel, mais moi je ne voulais pas car je souhaitais aller à l’école. Si tu es mariée, tu ne peux pas étudier ou même travailler. Ce n’est pas facile de vivre au Ghana pour une femme. Si tu n’acceptes pas les règles, la famille te rejette. Ma mère ne voulait pas que je sois jetée à la rue, mais mon père m’a dit que si je ne mariais pas l’homme qu’il avait choisi pour moi, il me tuerait. Il m’a battue avec une courroie, il m’a menacée. Mon frère a aussi voulu me convaincre, il m’a frappée aussi, mais je savais que je voulais une vie différente. J’ai finalement quitté mon pays à la fin du mois de janvier 2017. Le voyage du Ghana à la Libye a duré trois semaines. Je ne croyais pas que ce serait si difficile.

Lire le témoignage complet d’Esther

ESTHER

17 ans, originaire du Ghana

Pourquoi ont-ils quitté leur pays ?

PAYS D'ORIGINE

Les personnes secourues par SOS MEDITERRANEE en 2019 (majeurs et mineurs confondus) étaient essentiellement originaires d’Afrique de l’Ouest, du Soudan et de la Corne de l’Afrique. Des ressortissants du Bangladesh, d’Afrique du Nord et de Syrie figurent également parmi les personnes secourues par l’Ocean Viking en 2019. Les six pays d’origine les plus représentés à bord du navire en 2019 sont :
> LE SOUDAN (24 %) > LE MALI (9 %) > LE CAMEROUN (7 %) > LA CÔTE D’IVOIRE (11 %) > LE NIGÉRIA (8 %) > LA GUINÉE (6 %)

Les risques rencontrés sur la route migratoire 

Selon leur témoignage, certains rescapés secourus par SOS MEDITERRANEE n’avaient pas forcément l’Europe pour destination finale en quittant leur pays. Lorsque les jeunes entreprennent leur périple, leur destination n’est pas nécessairement déterminée à l’avance et peut évoluer en chemin. Par ailleurs, prendre la mer sur une embarcation de fortune a constitué pour nombre d’entre eux la seule échappatoire possible à ce que les naufragés nomment « l’enfer libyen ». Une chose est certaine, ils courent des risques considérables durant leur trajet, y compris celui d’y laisser la vie. Selon les Nations-Unies, « environ 25 migrants africains meurent chaque semaine (environ 1 300 chaque année) sur le continent africain avant même d’embarquer pour de périlleux voyages maritimes…»

Sur la route, ils sont souvent victimes de vols, de travail forcé ou non rémunéré, d’enlèvements, de détention, de violences physiques incluant la torture et les violences sexuelles, de privations de nourriture ou encore d’absence de soins.

La route migratoire des mineurs emprunte notamment des zones en proie à des réseaux de traite humaine : ils se retrouvent dans des positions de dépendance et de grande vulnérabilité face aux trafiquants, comme démontré par l’OIM dans un rapport datant de 2020. Pour assurer financièrement leur voyage, les mineurs peuvent être confrontés à des situations dangereuses d’exploitation ou de travail informel.

Ça ne faisait pas une demi-heure qu’on avait quitté Agadez, au Niger, que notre pick-up a été pris en embuscade. Ils nous ont débarqués, détroussés de tous nos sacs, nos portefeuilles, nos papiers et bien sûr, notre argent. Après nous avoir détroussés, ils ont exigé une somme supplémentaire pour continuer la route. Comme on n’avait plus rien du tout, ils nous ont embarqués et emprisonnés dans un camp [en Libye].”

Pour lire le témoignage complet de Souleyman, consultez le livre de Marie Rajablat « Les Naufragés de l’enfer »

SOULEYMAN

19 ans lors de son sauvetage, 15 ans lors de son départ du Sénégal

Traite humaine en Méditerranée Centrale entre 2016 et 2017  

SUR LES 14-17 ANS VOYAGEANT SEULS

%

ont rapporté avoir été victimes d'exploitation et de traite humaine

SUR LES 14-17 ANS VOYAGEANT EN FAMILLE OU EN GROUPE

%

ont rapporté avoir été victimes d'exploitation et de traite humaine

La plupart de ces expériences traumatiques ont surtout lieu en Libye. Les jeunes rescapés qui ont entrepris leur voyage avant leur majorité et qui ont livré leur témoignage à SOS MEDITERRANEE ont tous tenté de traverser la mer à partir de la Libye. Certains s’y sont retrouvés de façon volontaire, dans l’espoir de trouver du travail, quand d’autres y ont été amenés de force via un réseau de traite humaine. Les multiples exactions subies en Libye ont motivé leur décision de risquer leur vie en mer pour la majorité d’entre eux, quand ils n’y ont pas été contraints.

1

Le 24 octobre 2008, j’étais avec mon troupeau. J’ai entendu ces maudits avions qui s’approchaient, et les bombes ont commencé à tomber. J’ai vu des flammes monter au-dessus de nos maisons. Le bruit était assourdissant. (…) Nous avons pris quelques affaires et nous sommes partis dans la vallée. (…) Je ne sais pas combien de personnes ont été tuées ce jour-là. Il n’y avait plus aucun bruit. Ma famille avait disparu, je les ai cherchés mais on ne voyait pas bien dans l’obscurité. J’avais peur, et je suis parti.

MAGDI

17 ANS AU MOMENT DE QUITTER SON VILLAGE AU SOUDAN

5

Sur la route [entre Moudjwar et la frontière libyenne], j’ai croisé le camion d’un libyen qui venait acheter des moutons au Soudan. Je lui ai dit que je n’avais pas d’argent, il a accepté de me cacher dans sa remorque avec les animaux. Le voyage a duré neuf jours. Le désert est un endroit très dangereux, des fois, les camions tombent en panne. On voit les cadavres des gens morts dans le sable. J’ai dessiné une jeep abandonnée. Les gens qui étaient à bord sont tous morts de soif.

7

Dans cet endroit [centre de détention libyen], il y avait une cinquantaine d’autres personnes enfermées, des Éthiopiens, des Érythréens, des Soudanais, des personnes qui venaient du Bangladesh. On n’avait presque rien à manger, juste un morceau de pain par jour, de l’eau, parfois des pâtes. Quand un nouveau prisonnier arrivait, il était torturé pour obtenir le numéro de sa famille. Si la famille ne répondait pas, ou ne pouvait pas payer la rançon, ils nous frappaient. Certaines personnes disparaissaient.

Moi j’avais perdu les miens, alors j’ai donné le numéro d’amis. Les kidnappeurs leur ont demandé 2500 dinars (1750 euros) en échange de ma libération. Ils ont réussi à obtenir cette somme en mai, et grâce à eux, j’ai pu sortir de cet enfer.

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Nous sommes restés deux jours sur la mer, avant d’être repérés par l’Aquarius, le bateau de SOS MEDITERRANEE. Certains n’ont pas pu attendre, ils ont plongé pour rejoindre les secours. Nous avons eu beaucoup de chance.”

Le témoignage et les dessins présentés ici ont été tirés du « Livre 1 : Darfour », qui relate l’histoire de Magdi Hagar, secouru par l’Aquarius. L’ouvrage, qui compte 100 dessins du jeune Soudanais et l’histoire détaillée de son parcours, a été constitué en 2016 et publié par DESSINS SANS PAPIERS, un collectif qui organise des ateliers de dessins auprès des réfugiés en France. Pour consulter le site de DESSINS SANS PAPIERS  :https://dessinssanspapiers. wordpress.com/.

“L’enfer libyen” raconté par les mineurs

Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la situation politique et économique libyenne est chaotique. Le pays est affecté par des conflits dans lesquels s’opposent les forces du gouvernement et des milices, qui s’affrontent aussi entre elles. Les migrants, réfugiés et demandeurs d’asile sont privés de leurs droits et peuvent à tout moment être emprisonnés et victimes d’atteintes graves à leur dignité et aux droits humains, sans aucun recours. D’après les témoignages recueillis à bord de nos navires, les mineurs, seuls ou accompagnés, sont soumis aux mêmes types d’exactions que les adultes en Libye.

L’Unicef rapporte que « sur les 641 000 migrants et réfugiés en Libye, 9 % sont des mineurs exposés à de graves violations des droits de l’enfant. Les enfants migrants et réfugiés sont détenus dans des conditions inhumaines et les centres de détention ont été atteints par des frappes aériennes. En 2019, plus de 300 migrants et réfugiés, dont des enfants, sont morts en traversant la Méditerranée depuis la Libye. »

Les personnes qui ont été secourues par un navire de SOS MEDITERRANEE décrivent généralement des situations identiques : en Libye, les migrants, demandeurs d’asile et réfugiés sont arrêtés par les autorités ou par des hommes armés, puis enfermés dans des centres ou lieux de détention informels, où ils sont contraints, sous la violence, de payer une rançon en échange de leur libération. Certains de ces lieux sont des centres gérés par les autorités gouvernementales, d’autres sont des lieux clos tenus par des milices, des groupes armés ou des individus isolés. Dans beaucoup de ces lieux, les violences physiques sont quotidiennes pour les enfants comme pour les adultes. Les rescapés décrivent des repas insuffisants, des conditions d’hygiène désastreuses, des violences physiques, sexuelles et verbales – notamment la torture visant l’extorsion de fonds - régulières et une surpopulation qui affecte gravement la santé des captifs. Plusieurs ont même rapporté avoir été témoins d’exécutions.

En prison, les gens étaient battus tous les jours. Ce n’était pas facile. Je crois que j’ai passé quatre ou cinq mois là-bas. Et un jour, avec des amis, on a décidé de s’enfuir. Nous avons tous fui dans des directions différentes. Je ne sais pas où ils sont maintenant. J’ai couru, couru et couru, pendant très longtemps, jusqu’à ce que je sois épuisé. À un moment donné, je ne pouvais plus courir. J’étais si fatigué que je me suis effondré dans la rue et je suis resté là, en pleine rue, pour me reposer. Je ne savais pas où j’étais. Un libyen m’a vu, il est venu me demander ce qui m’arrivait. Je n’ai pas répondu. J’ai fait semblant d’être mort, parce que j’avais peur. Mais ensuite il m’a proposé de me donner de la nourriture et de m’aider. Nous sommes allés chez lui et j’y suis resté pendant environ un an et demi. Je faisais le ménage pour lui. Je n’avais pas le droit de sortir de la maison. Je n’ai jamais pu sortir de la maison. Je ne suis pas sorti de la maison pendant tout ce temps, pas même une seule fois. J’étais comme un esclave pour lui. Je ne sais pas dans quelle ville j’étais. J’ai juste vu d’autres maisons autour, par la fenêtre. »

Lire le témoignage complet de Yussif

YUSSIF

17 ans au moment d’être secouru, Somalie

Bien souvent, si les migrants sont incapables de payer la rançon demandée pour leur libération, ils sont utilisés dans les réseaux de traite humaine et mis au travail forcé dans des conditions semblables à celles de l’esclavage. Les mineurs sont encore plus à risque d’être victimes de la traite des personnes.

Les prisonniers réussissent parfois à s’échapper des centres de détention et à fuir la Libye par la mer par le biais de passeurs contre de fortes sommes. D’autres sont forcés de monter sur une embarcation de fortune, sous la menace des armes. Certains n’arriveront pas à destination, mourant en mer ou étant ramenés en Libye après avoir été interceptés par les garde-côtes libyens.

Depuis que l’Europe, dans le cadre de sa politique d’externalisation de la gestion des flux migratoires aux frontières, a de fait transféré aux autorités libyennes la coordination de la vaste zone de recherche et de sauvetage dans les eaux internationales au large de la Libye, les garde-côtes libyens interceptent un grand nombre d’embarcations dont les occupants tentent de fuir la Libye par la mer. Ils sont ramenés dans les centres de détention libyens. Certains rescapés de l’Aquarius et de l’Ocean Viking ont témoigné avoir été ramenés de force jusqu’à quatre ou cinq fois en Libye.

Ils étaient des gens du gouvernement, ils ont arrêté seulement les Noirs qui passaient. Ils ont pris mon passeport et mes papiers. J’ai passé six mois en prison, sans nourriture, sans médicaments, c’était comme un mauvais rêve. Je suis malade depuis un an et demi. Dans le camp, je n’ai pas travaillé. On m’a battu pour que je leur donne de l’argent. On a soutiré de l’argent de nos familles. On ne nous a pas permis de sortir, nous autres Somaliens et Éthiopiens. Il n’y a pas de liberté. Un vieil homme m’a aidé. C’était un homme bien. J’ai quitté le camp et travaillé pour lui pendant trois mois. Ensuite il m’a mis en contact avec les passeurs, les gens avec les bateaux. Alors, me voilà.”

Lire le témoignage complet de Hamid

HAMID

16 ans au moment d’être secouru, 12 ans lorsqu’il a quitté seul son pays d’origine, la Somalie

Jeunes filles en migration : une double peine

Si les jeunes filles peuvent choisir de quitter leur pays d’origine pour les mêmes raisons que les garçons (guerre, conflits, persécutions, recherche de meilleures conditions de vie), elles sont cependant plus nombreuses à fuir des formes de violences domestiques et sexuelles, notamment les mariages forcés. Mais cette fuite ne leur garantit aucune sécurité pour la suite, puisque beaucoup de jeunes femmes sont victimes d’abus sexuels pendant leur parcours migratoire.

Les mineures qui voyagent seules sont triplement vulnérables : en plus d’être des femmes plus exposées aux abus sexuels, elles sont jeunes et elles ne bénéficient pas de la protection d’un parent ou d’un tuteur, en plus d’être isolées. Les femmes et les jeunes filles sont aussi particulièrement exposées aux réseaux de traite humaine liés à la prostitution.

Bien qu’elles révèlent difficilement leurs expériences, de très nombreuses jeunes filles ont subi des violences physiques, des violences sexuelles et de l’exploitation en Libye, notamment dans les centres de détention. Si peu d’entre elles décrivent dans les détails les horreurs qu’elles ont vécues, de nombreux hommes rapportent quant à eux avoir été témoins de violences à l’égard des femmes et des jeunes filles en Libye. Nombre d’entre elles portent les stigmates physiques et psychologiques de ces agressions répétées, ou tombent enceintes à la suite de viols. Mali, sage-femme à bord de l’Ocean Viking, raconte dans un article du journaliste Faras Ghani d’Al Jazeera qu’ « aux mains des trafiquants et des militaires, elles sont exposées à des violences physiques. Elles sont violées ou sexuellement abusées. Certaines sont battues. Dans les centres de détention, on les frappe incessamment dans le ventre. Certaines présentent des brûlures aux parties génitales. » Il cite notamment un Rapport du Mixed Migration Center qui affirme que « la Libye est l’une des zones les plus à risques en termes d’abus, les violations des droits humains y sont aiguës. Plusieurs femmes et jeunes filles signalent des cas de viols dans des centres de détention ou de prostitution forcée. »

En Libye, j’ai vu un chauffeur de taxi qui n’avait pas l’air méchant. Il avait l’air généreux. Alors, je suis allée lui demander de l’aide. Il m’a emmenée dans une maison en ruine, dans une pièce où il m’a enfermée pendant plusieurs jours. Il m’a obligée à faire toutes sortes de choses. Des fois il demandait juste que je le touche... des fois il voulait coucher avec moi. Il s’en allait puis il revenait. Ça recommençait. Des fois je faisais comme si je ne réagissais plus. Il me donnait alors un peu à boire et à manger. Puis il recommençait. Et un jour il a oublié de fermer la porte à clé, alors je me suis enfuie.”

Pour lire le témoignage complet de Yasmine, consultez le livre de Marie Rajablat, « Les Naufragés de l’enfer ».

YASMINE

16 ans, originaire de Côte d’Ivoire

Lorsqu’elles voyagent seules, les femmes et les jeunes filles sont souvent prises pour cibles par les trafiquants d’êtres humains et les passeurs. Si elles n’ont pas le montant d’argent nécessaire à la traversée de la Méditerranée, elles peuvent être forcées à des relations sexuelles avec les passeurs en échange d’une « place » sur un bateau. « Nous savons que dans cette Afrique devenue un réservoir important de la traite des humains, les femmes représentent 70 % de ce trafic. »

Enfin, pendant les traversées sur des embarcations de fortune et notamment sur les bateaux pneumatiques, les femmes, les jeunes filles et les enfants sont souvent placés au milieu du bateau car les hommes croient ainsi les protéger de l’exposition directe aux vagues et à la houle. Pourtant, à cet emplacement, ils sont davantage exposés à l’écrasement, la suffocation ou les brûlures sévères causées par le mélange d’eau de mer et de carburant, extrêmement corrosif pour la peau.

« Dès leur arrivée à bord, les femmes [et les jeunes filles] sont accompagnées par les équipes vers une pièce à l’intérieur du navire, appelée le ‘‘shelter‘’ (‘‘refuge‘’ en anglais). Ce lieu garantit la protection des femmes et des enfants. Aucun homme n’est autorisé à entrer dans cette zone ». Elles peuvent consulter une sage-femme, notamment pour passer un test de grossesse.

Ils ont amené des femmes. Il y avait des filles, des filles qui étaient même plus jeunes que moi… Ils les ont violées devant nous et il fallait qu’on regarde. Il y avait leur père ou leurs frères. Ceux qui bougeaient, qui voulaient empêcher ça, étaient tués sur place. Ils m’ont tiré du groupe, avec un autre de mon âge et ils ont voulu qu’on viole une femme. J’ai refusé. Je préférais mourir plutôt que de faire ça. Alors ils m’ont balancé un coup dans la tête. Je suis tombé. Ils m’ont battu à coup de pieds et de barres de fer. Je ne sais pas pourquoi ils ne m’ont pas tué. Il y en a à qui ils ont mis une arme sur la tempe s’ils ne le faisaient pas. Alors… »

Pour lire le témoignage complet de Youssouf, consultez le livre de Marie Rajablat, « Les Naufragés de l’enfer ». 

YOUSSOUF

17 ans, originaire de Gambie

Le traversée de la Méditerranée

Adultes ou mineurs, la traversée de la Méditerranée constitue pour la majorité des rescapés l’unique possibilité d’échapper à l’enfer libyen. Ils n’ont donc pas d’autre choix que de risquer leur vie en mer pour s’en sortir. Leur témoignage est unanime : « mieux vaut mourir en mer que de rester en Libye ».

Afin de payer la traversée, les jeunes comme les adultes peuvent avoir recours à l’emprunt de grosses sommes d’argent à leur famille ou à des amis, à du travail faiblement rémunéré pendant plusieurs mois, au travail forcé sans rémunération en échange de l’espoir de monter sur un bateau. Certains tentent la traversée à plusieurs reprises… Depuis 2018 et l’attribution d’une zone de recherche et de sauvetage aux autorités maritimes libyennes, des milliers de personnes sont interceptées par les garde-côtes libyens chaque année, ramenées de force en Libye en dépit du droit international et sont, la plupart du temps, enfermées dans des centres de détention.

Dans certains cas, elles sont forcées à prendre la mer, sans savoir ce qui les attend, ni vers où elles se dirigent. Elles tentent de résister en constatant le piètre état des embarcations mais finissent par obéir sous la menace d’une arme.

Entassées sur des bateaux pneumatiques ou des barques de pêche, elles peuvent être jusqu’à 10 personnes au mètre carré. Elles quittent la côte libyenne de nuit généralement sans eau, sans nourriture, détroussées de leurs effets personnels, dans des embarcations précaires et sans avoir suffisamment d’essence pour pouvoir traverser la mer jusqu’aux côtes européennes.

Je ne savais rien des bateaux qui partaient pour l’Europe car j’étais venue en Libye pour travailler. Mais une nuit une bombe a été lancée sur la maison où je vivais, et des hommes sont venus nous prendre pour nous amener à l’endroit d’où les bateaux partent. C’était la nuit et je ne voyais rien sauf le bateau pneumatique blanc dans lequel nous étions. Je me souviens qu’il y avait beaucoup d’autres filles avec moi. Je n’ai payé pour rien, je n’avais pas d’argent. La femme arabe pour qui j’avais travaillé en Libye avait dû payer pour mon voyage. J’ai demandé où nous allions et ils m’ont dit qu’on allait en Europe. Au début je n’avais pas peur car je ne pouvais rien voir. Mais quand le soleil s’est levé, j’ai été terrifiée de me retrouver au milieu de la mer. J’ai vu les autres pleurer, vomir, prier. Je n’ai pas bougé, je voulais pleurer mais j’avais trop peur de tomber à l’eau. J’étais paralysée par la peur.”

Lire le témoignage complet d'Esther

ESTHER

17 ans, originaire du Ghana

Mission protection à bord

Sauver, protéger, témoigner : telles sont les trois missions de SOS MEDITERRANEE. La mission de protection à bord du navire est particulièrement cruciale pour les personnes vulnérables comme les mineurs.

Dès l’arrivée à bord de notre navire de sauvetage, on identifie les personnes les plus vulnérables – personnes ayant été particulièrement exposées à des souffrances physiques, psychologiques ou les deux, et nécessitant de fait une protection et une attention médicale et humanitaire appropriées. Les mineurs non accompagnés sont « enregistrés » et munis d’un bracelet d’une couleur spécifique afin de mieux les accompagner.

Toutes les personnes à bord sont formées aux premiers secours psychologiques. Il s’agit avant tout de rester en alerte : écouter ceux qui souhaitent parler ; repérer ceux qui sont reclus dans le silence ; et savoir passer le relais aux co-équipiers spécialistes au sein de l’équipe médicale ou des soins lorsque les récits se font trop difficiles à entendre.

Outre cette écoute psychologique professionnelle essentielle même pour la durée relativement courte de la traversée vers un lieu sûr de débarquement, le signalement des cas particulièrement vulnérables aux autorités et aux organisations spécialisées dans la protection internationale est assuré dès l’arrivée au port afin que se poursuive leur prise en charge.

J’ai passé quatre jours en mer avant d’être secouru. La nuit où nous avons quitté la Libye, le fond du bateau s’est fissuré. Personne n’a dormi pendant tout ce temps parce que nous avons dû vider l’eau à l’aide d’un bidon de carburant vide. Nous avons manqué de nourriture et d’eau après le premier jour. Un homme est même devenu si désespéré qu’il a sauté par-dessus bord. Nous avons dû l’aider à remonter dans le bateau. On avait si peur, on ne pensait plus qu’à la mort : tout le monde était persuadé que nous allions mourir.”

Lire le témoignage complet d'Abdo

ABDO

17 ans, originaire du Soudan

 

 

 

 

 

 

Recueil de témoignages à bord

MARIE RAJABLAT

Infirmière en psychiatrie, bénévole à SOS MEDITERRANEE France (antenne de Toulouse) et auteure du recueil de témoignages « Les Rescapés de l’enfer »

« Les témoignages des enfants et des adolescents que j’ai recueillis étaient essentiellement ceux de mineurs non accompagnés. Si certains avaient choisi de quitter leur pays et leur famille, quoi qu’ils en disent, beaucoup y avaient été contraints. Pour tenir et continuer à avancer pendant leur périple, il a fallu qu’ils se coupent d’une partie d’eux-mêmes, qu’ils écartent les doux souvenirs du pays pour ceux qui en avaient. Pour tous, ils étaient obnubilés par leur objectif : une vie meilleure. C’est l’instinct de survie ou la pulsion de vie qui les avaient propulsés jusqu’à notre navire.

Nous avions tous cela en tête lorsque nous les accueillions à bord. Pendant que nous leur serrions la main, et les regardions dans les yeux pour leur souhaiter la bienvenue, nous scannions leur état physique et psychique, leur présence au monde. Nous savions aussi que toutes sortes de douleurs allaient émerger dans les heures suivantes car ils venaient de passer des jours, des nuits en mer, effrayés, ankylosés, convaincus qu’ils allaient mourir. Et avant, ils avaient perdu des êtres chers sur le chemin. Ils avaient vu et vécu tant d’horreurs. Alors, arrivés sur ce gros bateau où leur vie n’était plus en danger, entourés de sollicitude, le corps et l’esprit pouvaient lâcher.

Beaucoup de jeunes gens voulaient témoigner. Ceux qui pouvaient le faire avaient un mental d’acier, en tous cas à ce moment-là. Nous avions conscience qu’il fallait avoir à l’œil les discrets, les sidérés, ceux qui étaient restés quelque part très loin. Nous essayions de les regrouper pour qu’ils veillent les uns sur les autres et nous interpellent si besoin.

Puis il y avait les filles, souvent plus farouches. Mises à l’abri avec les femmes et les petits enfants, je ne restais ni trop loin ni trop près parce que lorsqu’elles étaient prêtes à raconter, il fallait être là. Si les garçons sont restés très généralistes, les filles qui ont pu parler ont témoigné par le menu l’enfer qu’elles avaient vécu.

Puissions-nous leur rendre à tous leur dignité. »

UN MARIN-SAUVETEUR RACONTE…
DES ENFANTS TROP VITE DEVENUS ADULTES

ALESSANDRO PORRO

Marin-sauveteur et président de SOS MEDITERRANEE Italie

« Les femmes et les enfants d’abord ! » C’est la phrase qui revient spontanément lorsqu’on évoque des scènes de guerre, des films d’action voire une certaine sagesse populaire lorsqu’il y a un grand nombre de personnes à sauver. C’est une règle qui s’applique également au sauvetage en mer. Mais qu’en est-il de ces enfants, trop vite devenus grands, qui voyagent seuls et traversent la Méditerranée au milieu d’étrangers sur des bateaux pneumatiques surchargés ?

Le nombre de mineurs non accompagnés à avoir vécu cette expérience traumatisante de la fuite de la Libye par la mer est impressionnant, tant en termes de pourcentage que de fréquence. Lors de nos dernières missions en mer, environ quatre personnes sur dix étaient des adolescents voyageant sans leurs parents ni quelque autre référent.

Dans cet espace confiné qu’est l’Ocean Viking, durant les périodes d’attente interminables pour obtenir un lieu sûr de débarquement, il n’y a pas la possibilité de dégager un endroit qui soit vraiment destiné aux mineurs seuls. Imaginez trois cents personnes, parfois même plus, se disputant un coin d’ombre ou un espace pour dormir sur le pont.

En trois ans de sauvetage en mer avec SOS MEDITERRANEE, à plusieurs reprises je me suis rapproché de ces enfants à l’âge indéterminé, qui se comportent et réagissent comme des adultes, habitués à recevoir des ordres, à obéir la tête basse. A bord, parfois on assiste au contraire à la résurgence de leur désir de se comporter comme les enfants qu’ils sont : alors rejaillit la nature ludique de ces enfants trop vite devenus adultes, l’irrationnel et la légèreté. Certains vont construire un échiquier avec des morceaux de carton, d’autres créer des mélodies et des rythmes en tapant sur différentes surfaces à portée de main, quand d’autres vont dessiner ou se raconter des histoires. Alors on observe la formation de petits groupes de jeunes, et aussi d’amitiés sincères. Dans un univers de compétition, la solidarité est chose rare.

Du temps du célèbre Aquarius, lors d’une de ses dernières missions, deux garçons de 15 et 16 ans, des Ghanéens, m’ont approché. Dans un très bon anglais, l’un d’entre eux me pose cette question à laquelle je n’étais pas préparé : « combien y-a-t-il de planètes ? » Devant mon incompréhension manifeste, il insiste : « Des planètes comme Mars, Vénus, Jupiter... » Il s’avère qu’ils sont en train de discuter à propos de Pluton : est-ce une planète ou bien un astéroïde ? Ils n’en sont pas sûrs ! Au fil de cette conversation surréaliste entre ces enfants rescapés, je découvre qu’ils travaillaient comme chercheurs d’or en Libye. C’est comme cela qu’ils ont pu se payer la traversée vers l’Europe.

Au moment d’écrire ces lignes, mes jeunes amis doivent approcher la majorité. J’espère vraiment pour eux qu’ils sont en sécurité. »

Mes parents étaient trop pauvres et ne pou vaient pas nourrir toute la famille. J’ai huit frères et sœurs. Comme j’étais l’aîné, ils m’ont envoyé dans la famille d’un ami à eux. Il avait un fils et nous étions bons copains. J’y suis resté de l’âge de 11 ans jusqu’à mes 17 ans. On parlait depuis longtemps de partir en Europe avec mon ami pour avoir une situation qui nous permette d’améliorer la vie de nos familles. Alors on a économisé jusqu’à ce qu’on ait assez d’argent pour partir. ”

Pour lire le témoignage complet de Sélim, consultez le livre de Marie Rajablat, « Les Naufragés de l’enfer »

SÉLIM

17 ans, originaire de Guinée

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