Un portrait

Une histoire

Sabtou*

Somalie

Pays d'origine

15 ANS

Âge

04/07/2021

Date de sauvetage

Avertissement 

Certains récits de vie comprennent des scènes d’une rare violence - torture, viol, extorsion, mise à mort et naufrage – qui sont très explicites. Nous préférons vous en avertir.

Les éléments établis dans ce recueil de témoignages sont exclusivement tirés des propos tenus par les personnes rescapées depuis 2016 et de nos observations en mer. Cependant, de nombreuses organisations intergouvernementales comme le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR)2 ou l’Organisation internationale pour les migrations (OIM)3 ont amplement documenté et corroboré ces récits, notamment en ce qui concerne les violences – y compris sexuelles – subies lors du parcours migratoire, en Libye et en mer. Tous les prénoms des femmes qui témoignent ont été modifiés pour préserver l’anonymat et la sécurité des rescapées.

[AVERTISSEMENT] Cet article décrit des actes de torture.

Sabtou* a 15 ans, il est originaire de Somalie. Dans la nuit du 4 au 5 juillet 2021, il est secouru par les équipes de l’Ocean Viking alors qu’il est à bord d’une grande embarcation en bois en détresse, avec 368 autres personnes fuyant la Libye.

« J’ai quitté la Somalie seul, à l’âge de 12 ans, parce qu’il y a tout simplement trop de problèmes dans mon pays. Il n’y a pas d’écoles, pas d’hôpitaux. Ma famille n’avait pas les moyens de survivre. »

Sabtou a d’abord traversé le Soudan avant de se rendre en Libye. A peine arrivé dans ce pays, il est kidnappé. Il est retenu un an et cinq mois dans un centre de détention, avec pour seule nourriture des pâtes sèches, une fois par jour. « Nous deviens payer 15 000 dollars américains pour être libéré.e.s. Ils nous donnaient de l’eau salée à boire. Chaque matin, ils nous battaient. Regardez mes bras, mes cicatrices. Ils utilisaient du plastique fondu et des barres en métal chauffées. » Pendant qu’il est torturé, les gardes appellent la mère de Sabtou pour obtenir une rançon. Quand elle a donné tout ce qu’elle avait en sa possession, Sabtou est transféré dans un autre centre de détention.

« Ils nous traitaient comme des animaux ».

Après avoir passé huit mois dans ce centre de détention, Sabtou parvient à s’échapper pour Tripoli. Pendant tout ce temps, il ne peut joindre sa mère ni sa famille. À Tripoli, sa mère réussit à envoyer de l’argent pour sa traversée. La première fois, il doit payer 1 500 dollars américains, mais il est intercepté par « des milices ou des garde-côtes libyens, je ne sais pas la différence. Ils m’ont remis en prison ». Ils demandent une nouvelle fois une rançon à la mère de Sabtou, mais elle n’a plus rien : « vous pouvez tuer mon fils maintenant, je ne peux rien faire, je suis perdue ». À ce moment-là, les gardiens comprennent qu’il n’y a plus rien à extorquer à Sabtou, et le libèrent.

Pour cette seconde traversée, il doit payer 800 dollars américains pour monter à bord d’une grande emarcation en bois. Nous étions dans la cale de l’embarcation, nous sommes resté.e.s plus d’un jour sans nourriture ni eau. Il faisait incroyablement chaud, nous n’avions pas d’air. Nous étions asphyxié.e.s à cause du carburant. Si nous étions resté.e.s quelques heures de plus, nous serions mort.e.s. J’ai beaucoup souffert ces trois dernières années, beaucoup trop. Mon rêve maintenant est de trouver un travail pour envoyer de l’argent à ma mère afin qu’elle puisse vivre dignement. Je veux aussi que tout le monde sache ce qu’il se passe en Libye.

Sabtou n’a que 12 ans lorsqu’il arrive en Libye. Ce n’est qu’un enfant qui a déjà connu l’enfer.

*Pour protéger l’identité du rescapé, le prénom a été modifié.

Photo : Flavio Gasperini / SOS MEDITERRANEE

Derniers témoignages

Ibrahim*

"Le gardien nous disait "je vais te tuer" sans raison. " Un mineur non accompagné explique pourquoi il a décidé de risquer sa vie en mer pour fuir la Libye.

Voir son histoire

Kader*

« Un groupe de personnes est tombé à l'eau peu après que nous ayons quitté la plage. Nous n'avons pu récupérer que trois personnes. »

Voir son histoire

Samuel*

« Mes cicatrices me font encore mal, au niveau des nerfs. Parfois je m’arrête devant le miroir pour me regarder, j’ai les larmes aux yeux. »

Voir son histoire

Contenu | Menu | Bouton d
Share This