Un portrait

Une histoire

Ayman*

Egypte

Pays d'origine

28 ANS

Âge

23/02/2026

Date de sauvetage

Ayman, père de famille d’origine égyptienne, raconte l’enfer qu’il a vécu et dont il a été témoin en Libye : détention, racket et torture. En mer, alors qu’il se voyait mourir, son embarcation a été secourue par l’Ocean Viking. 

 

Ayman, originaire d’Égypte, est un père de famille de 28 ans.  

Après le décès de son propre père, il doit assumer seul la responsabilité financière du foyer : sa femme, ses enfants, sa mère et ses frères et sœurs. Son travail dans une usine pharmaceutique ne suffit pas à faire vivre toute la famille et Ayman accumule les dettes. Il prend alors la décision de se rendre en Libye pour travailler, envoyer de l’argent à sa famille et rembourser ses dettes.  

Dès son arrivée dans le pays, Ayman est victime de racket. Les passeurs le conduisent dans une sorte de prison et lui réclament une somme d’argent très importante.  

« J’ai été détenu en compagnie de nombreuses autres personnes, se souvient Ayman, et je n’ai pas vu la lumière du jour pendant six mois. On nous nourrissait à peine et on nous faisait boire de l’eau salée. » 

Sous la menace de pistolets, il a été forcé d’appeler sa mère pour lui demander plus d’argent. « Les Libyens savent qu’aucune mère ne peut laisser son enfant souffrir en prison et se faire torturer », confie-t-il. Sa famille a dû vendre ses bijoux en or et des affaires personnelles pour payer les racketteurs. 

Ayman a été plusieurs fois déplacé d’un endroit à un autre. « Nous n’avons jamais compris si ces personnes étaient des policiers ou non, mais dans tous les cas, nous avons réalisé que nous ne pouvions faire confiance à aucune autorité ni à qui que ce soit d’autre en Libye ».   

Un jour, Ayman et les autres personnes détenues sont conduites à la plage, d’où elles pensent embarquer pour l’Italie. Au lieu de cela, des hommes armés arrivent et les dépouillent de tout ce qu’elles possèdent, puis les enferment dans un appartement, où elles sont déshabillées et torturées pendant quatre jours.  

« Les Libyens étaient inventifs dans leurs méthodes de torture. Un jour, c’était l’électrocution, les jours suivants, c’était autre chose. Ils ne faisaient pas de différence entre les hommes, les femmes et les personnes âgées, tout le monde souffrait de la même manière. » 

Ayman ajoute que lorsque certaines personnes ne parvenaient pas à obtenir suffisamment d’argent auprès de leur famille, les Libyens prélevaient leurs organes pour les vendre et les laissaient mourir.  

Au terme de quatre jours de torture, les personnes détenues sont ensuite déplacées en camion. Ayman et cinq autres Égyptiens, placés à l’arrière du véhicule, parviennent à sauter pour s’échapper. « On savait qu’on risquait de mourir, mais je me disais que rien ne pouvait être pire que de rester avec nos tortionnaires. » Ils entendent des coups de feu, mais réussissent à s’enfuir en se cachant entre les arbres, vêtus seulement d’un caleçon. Arrivés en ville, ils ont la chance de rencontrer une famille égyptienne qui leur donne des vêtements. 

À ce moment-là, Ayman ne peut plus retourner en Égypte, même s’il l’avait voulu, il trouve donc un autre moyen de quitter la Libye. « Quand on est arrivé sur la plage, on a dû nager jusqu’à une embarcation. On avait de l’eau jusqu’au cou. La météo était très mauvaise, il y avait de très hautes vagues. On avait toutes et tous très peur de monter à bord, mais des Libyens armés nous menaçaient. Je me suis dit que je préférais mourir en mer plutôt qu’être torturé. On avait froid, on était perdu en mer, persuadé qu’on allait mourir. » Les personnes ont commencé à prier, résignées à perdre la vie. C’est alors qu’elles ont été secourues et ramenées saines et sauvées à bord de l’Ocean Viking.  

 

Lire le récapitulatif de cette opération de sauvetage 

*Le prénom a été modifié afin de préserver l’identité de l’homme rescapé. 

Crédit photo : Ville Maali / SOS MEDITERRANEE

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