Premier sauvetage de l’Aquarius
7 mars 2016

L’appel du centre maritime de Rome a été reçu très tôt ce matin, vers 6H00 heures française. Deux Zodiacs en détresse au large des côtes libyennes. Nous faisons route immédiatement vers le point signalé. Une demie heure plus tard, ils sont là, dans un Zodiac gris qui saute sur des vagues assez fortes et qui commence à se remplir d’eau de mer. L’opération de sauvetage se met en place. Tout est près, les manœuvres ont été répétées des dizaines de fois.

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D’abord, envoyer un canot pour savoir quelle est la situation sur l’embarcation, faire une estimation du nombre de migrants, les rassurer et leur distribuer des gilets de sauvetage.

Ensuite, la navette peut commencer. D’abord, les femmes, 10 au total, dont certaines sont très fatiguées, gelées, déjà affaiblies par le mal de mer. Le canot s’approche de l’échelle de coupée, les rescapées grimpent une à une, sont immédiatement prises en charge par les médecins de MDM qui les conduisent vers la clinique à bord. On leur enlève le gilet de sauvetage, on les débarrasse de leurs vêtements trempés, on les réconforte. Une couverture, des vêtements secs, à boire. Elles restent calmes, regardent autour d’eux, ont visiblement du mal à réaliser que leur calvaire est terminé. Certaines répètent « Merci, merci beaucoup. » D’autres ne disent rien, tétanisées par le froid.

Rapidement, en deux navettes, une cinquantaine les rejoignent à bord. Et le dernier transfert, délicat, se fait bord à bord avec le Zodiac où un homme de l’Aquarius assure les opérations. Un homme grimace, il est blessé au pied, on l’emmène en salle d’urgence. Un autre est en état de choc. Il titube, prêt à s’évanouir. On le soutient.

Ils parlent anglais ou français, viennent de Gambie, du Sénégal, du Mali. Le plus jeune n’a pas quinze ans. Ils sont partis à minuit d’une plage de Libye dans ce Zodiac qui n’est pas fait pour naviguer. « À quoi ça sert de construire des bateaux aussi fragiles » demande un marin en regardant ce pseudo Zodiac, en plastique de mauvaise qualité, qui commence à se déchirer à la base. À l’intérieur, quelques jerricans d’essence et des planches cloutées font office de plancher… Avec les pointes de longs clous vers le haut, interdisant à quiconque de s’asseoir sans se blesser.

Ce rafiot-là n’aurait pas tenu longtemps en mer. Au bout de six heures, il est déjà endommagé et ses passagers affaiblis. Mais les passeurs ne se préoccupent de la sécurité des migrants, ils sont là pour expédier leur colis sur la mer et toucher leur argent. Nous sommes arrivés à temps.

À 8H20, les opérations sont terminées. Le premier sauvetage de l’Aquarius s’est bien déroulé. Nous avons ce pour quoi nous sommes là. Sur le pont, c’est l’heure des soins et du réconfort. Sur la passerelle, le capitaine scrute la mer et attend des informations. Un deuxième Zodiac est en détresse, ici, perdu quelque part sur la mer.

par Jean-Paul Mari. Retrouvez son site Grands Reporters.

Crédits photos : Patrick Bar