À l’approche des élections municipales, le soutien de collectivités publiques accordé à SOS MEDITERRANEE s’invite parfois dans le débat public, de Marseille à Paris. Entre défense d’un engagement humanitaire et appels à recentrer les priorités sur les besoins locaux, la question divise. Eclairages.
De l’intérêt local direct à l’action extérieure
Contrairement à une idée répandue, la compétence des collectivités territoriales ne se limite pas aux actions répondant à un intérêt local direct. Depuis la loi Thiollière de 2007, elles sont autorisées à « mettre en œuvre ou soutenir toute action internationale annuelle ou pluriannuelle de coopération, d’aide au développement ou à caractère humanitaire ».
De nombreuses Villes, Départements et Régions se sont ainsi dotés de véritables politiques de relations internationales : partenariats thématiques avec des associations, programmes d’échanges ou coopérations décentralisées avec des collectivités étrangères.
Le soutien accordé à SOS MEDITERRANEE par certaines municipalités s’inscrit pleinement dans ce cadre légal, celui de “l’action extérieure” des collectivités, définie par l’article L1115-1 du Code général des collectivités territoriales. La légalité de ces subventions, votées pour le sauvetage en mer, a d’ailleurs été réaffirmée par le Conseil d’État dans une décision rendue le 13 mai 2024.
Au-delà de leur portée internationale, ces actions trouvent aussi un écho local. « Elles participent à la sensibilisation des habitants », souligne Issa, le directeur d’un cabinet d’expertises. Les associations de solidarité internationale, à l’image de SOS MEDITERRANEE, contribuent en effet à animer la vie citoyenne et à renforcer le tissu associatif des territoires.
La solidarité internationale : un sujet local ?
À quelques exceptions près, la solidarité internationale reste un sujet rare dans le débat municipal. L’élection est avant tout perçue comme une affaire de proximité. « Je vois les municipales comme une question du quotidien », confie Thibault, cadre marseillais dans une entreprise maritime. À Nice comme à Strasbourg, les priorités affichées se ressemblent souvent : pour Alexandre, étudiant, comme pour Issa, c’est la sécurité qui reste au cœur des discussions.
Pourtant, les Villes jouent aussi un rôle sur la scène internationale : programmes d’échanges, aides d’urgence, partenariats ou jumelages témoignent de leur engagement au-delà des frontières. « Cela fait partie de l’ADN des villes », estime Sarah, agente dans une collectivité francilienne. Un constat que partage Issa, pour qui soutenir une ONG humanitaire « a tout son sens », surtout lorsqu’une municipalité revendique des valeurs d’accueil et d’inclusion.
Pour Sarah, cet ancrage local de la solidarité est même essentiel : « Laisser la solidarité internationale au seul niveau national poserait problème, car elle deviendrait trop dépendante du jeu politique. Il faut qu’elle soit portée à tous les échelons. »
En effet, la dépendance du secteur humanitaire aux financements nationaux ou européens rend les activités particulièrement vulnérables. L’exemple des coupes budgétaires décidées après l’élection de Donald Trump en est une illustration : du jour au lendemain, après la décision du président américain de démanteler l’USAID – l’agence des Etats-Unis pour le développement international – jusque-là premier bailleur mondial de l’aide humanitaire, de nombreux programmes de solidarité ont été fragilisés, voire arrêtés.
Un devoir humanitaire au-delà des clivages
En mer, l’action de SOS MEDITERRANEE répond à un seul principe : l’inconditionnalité du sauvetage. Un engagement humanitaire universel et résolument apartisan.
Pour les citoyennes et les citoyens interrogé.e.s, le soutien public à SOS MEDITERRANEE n’est pas neutre : il porte une dimension politique. « La solidarité internationale d’une ville est souvent le reflet de son positionnement », observe Alexandre.
Selon Sarah, cette perception d’un engagement politiquement marqué peut freiner certaines collectivités locales, réticentes à soutenir des actions de solidarité internationale par crainte d’être associées à une étiquette.
Tous appellent à sortir la solidarité internationale des logiques électorales. « C’est un sujet essentiel qui ne devrait pas dépendre des cycles politiques ou économiques », plaide Thibault. Et d’ajouter : « Sauver des êtres humains qui se noient ne devrait pas être une question d’orientation politique. »
Soutenir l’action de SOS MEDITERRANEE relève de valeurs d’humanité et de solidarité : celui de porter assistance à des personnes en danger et de faire respecter le droit.
En ce début d’année 2026, les attaques visant SOS MEDITERRANEE s’intensifient dans le débat municipal. Au-delà des polémiques, l’association poursuit son action pour sauver des vies et défendre une solidarité universelle. Face aux discours de repli, la mobilisation de la société civile et l’engagement des collectivités territoriales demeurent essentiels pour faire vivre les valeurs d’humanité qui fondent notre cohésion.
Crédit photo : Luciano Gallo / SOS MEDITERRANEE

