À 20 ans, Ahmed a fui la Somalie pour échapper à l’instabilité et aux affrontements entre les groupes armés et les forces du gouvernement. À son arrivée en Libye, il a été emprisonné et confronté à la violence, avant de tenter la traversée vers l’Europe. Il espère un jour retourner vivre dans son pays en toute sécurité.
Je viens de Somalie et j’ai 20 ans.
J’ai vécu dans le quartier d’Abu Salim, à Tripoli, en Libye. Je payais 100 dollars de loyer par mois, mais le logement était très inconfortable et nous n’étions pas libres. Le propriétaire Somalien accueillait des personnes originaires de Somalie, d’Erythrée et d’autres pays.
Le logement comptait quatre chambres et vingt-cinq personnes y vivaient : vingt femmes et cinq hommes. Le propriétaire récoltait de l’argent auprès de tout le monde. Cela représentait une somme importante, étant donné que chaque locataire payait 100 dollars, mais il ne fournissait ni eau ni nourriture en retour. Si tu n’avais pas d’argent ou si tu refusais d’obéir, tu étais contraint de partir.
J’ai payé le premier mois. Un jour, je lui ai dit que je n’avais plus d’argent, alors il m’a ordonné de partir. Je lui ai dit que je n’avais nulle part où aller. J’ai dormi dans la rue puis j’ai frappé à la porte pour revenir mais il m’a laissé dehors. Le lendemain matin, quatre Libyens m’ont sévèrement battu, pendant cinq ou six heures, et ils m’ont pris mon téléphone.
J’ai été arrêté à deux autres reprises par des Libyens. On m’a réclamé une grande somme d’argent que je n’avais pas, alors j’ai été battu.
J’ai aussi été emprisonné pendant quinze jours. Pendant cette période, j’étais régulièrement battu à coups de bâtons. Finalement, ma mère a envoyé de l’argent et j’ai été libéré.
J’ai entamé ma route vers l’Italie depuis Sabratha, au nord de la Libye. Un Libyen nous a donné une embarcation. Nous étions treize à bord, dont trois bébés et deux femmes. L’embarcation avait un petit réservoir de carburant d’environ dix litres. Nous n’avons pas eu d’eau pendant treize ou quatorze heures.
J’ai vu les gens en détresse et vomir.
J’ai quitté la Somalie à cause de la corruption et des affrontements entre les forces du gouvernement et le groupe Al-Shabaab. J’ai fui à cause du manque de sécurité et du danger. Même les soldats du gouvernement peuvent vous tuer si vous ne payez pas l’argent qu’ils réclament. Mais quand mon pays sera de nouveau sûr, j’aimerais y retourner.
J’ai de nombreux rêves, mais le plus grand serait de devenir pilote d’avion ou d’hélicoptère et de voyager dans les airs.
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Témoignage recueilli par Francesco Creazzo et Tess Barthes
Crédit photo : Tess Barthes / SOS MEDITERRANEE
*Le prénom a été modifié pour protéger l’identité du rescapé



