Hamid* a fui l’Érythrée après avoir été contraint de devenir soldat à 17 ans. Capturé au Soudan et vendu à des Libyens, il a survécu à des années de violence, de détention et de tentatives échouées de traversées de la Méditerranée avant d’atteindre enfin l’Europe. Son objectif est d’aider sa famille restée dans son pays.
« J’ai été soldat pendant un an en Érythrée à cause de la guerre en 2020. Ils te diront que tu dois le faire. Il n’y a pas de loi. Si tu dis que tu ne veux pas, ils te tirent dessus. Si tu es soldat, il n’y a pas de salaire. Tu ne pourras pas aider ta famille.
Je suis parti à cause de la guerre et pour aider ma famille. Il n’y avait pas assez de travail dans mon pays à cause de la guerre et des dictateurs. Pas de travail et pas assez de sécurité.
Dans les petits villages, il n’y a ni électricité ni eau courante. Il faut marcher de nombreux kilomètres pour trouver de l’eau. Dans certains villages, il n’y a même pas de clinique. Des femmes enceintes meurent parce que la clinique est trop loin.
À 18 ans, j’ai traversé l’Érythrée pour aller en Éthiopie. Ma famille ne savait pas que j’allais partir. Je suis parti tout seul. Il m’a fallu plus de deux semaines pour aller d’Érythrée en Éthiopie. Si tu passes par la route, les soldats ou la police t’attrapent et t’envoient en prison. Je ne marchais que la nuit. Quand j’entendais des bruits d’animaux sauvages, je grimpais aux arbres pour être hors de portée.
Quand je suis arrivé en Éthiopie, je comptais rester six mois. Mais à ce moment-là, une guerre a éclaté entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Alors je suis parti pour le Soudan.
J’ai été capturé au Soudan, puis envoyé et vendu à des Libyens qui disaient que ma famille devait payer 6 000 $ pour ma liberté. Si tu dis que tu n’as pas d’argent, ils te tuent. Je n’avais pas le choix. J’ai appelé ma famille. Ils ont vendu leur petite maison et, après plusieurs mois, ils ont réuni la somme demandée. Ensuite, j’ai été vendu une deuxième fois. Ils ont demandé 5 000 $.
Lorsqu’ils ont reçu l’argent, ils m’ont jeté sur la route à Tripoli. Je ne savais même pas où j’étais jusqu’à ce que je trouve des gens pour m’aider.
J’ai fait tous les travaux que je pouvais trouver. Nettoyer des maisons, couper des cheveux…
En Libye, il n’y a aucune sécurité. Ils entrent chez toi avec des armes et volent ton téléphone, ton argent. Tu ne peux rien dire sous leurs menaces.
Après un an, j’ai payé 1 500 $ pour traverser la mer mais la police libyenne m’a arrêté à nouveau. J’ai dû payer 1 500 $ pour ma libération.
J’ai encore travaillé, encore économisé, et encore tenté de traverser. Au total, cinq tentatives avant de réussir cette fois-ci.
J’ai un bébé, un petit garçon. Nous voulions traverser la mer ensemble, avec ma femme et mon bébé, mais nous n’avions pas assez d’argent. Ils sont passés deux mois avant moi. Ils sont maintenant en sécurité en Europe.
Je suis enfin en route pour les rejoindre et j’espère pouvoir aider ma famille restée en Érythrée. »
Lire le récapitulatif de cette opération de sauvetage
Témoignage recueilli par Chloe Govindasamy
Crédit photo : Francesca Volpi / SOS MEDITERRANEE
*Le nom a été modifié pour protéger l’identité du rescapé



