#36 Des centaines de personnes secourues après des naufrages tragiques, alors que la vague des retours forcés en Libye s’intensifie

Cette publication de SOS MEDITERRANEE a pour but de faire le point sur les évènements qui se sont déroulés en Méditerranée centrale au cours des dernières semaines. Il ne s’agit pas de livrer une revue exhaustive des faits, mais plutôt de fournir des informations sur l’actualité de la recherche et du sauvetage dans la zone où nous intervenons depuis 2016, sur la base de rapports publiés par différentes ONG et organisations internationales ainsi que par la presse internationale.

Plus de 500 personnes en situation de détresse imminente en mer sauvées par des navires humanitaires au cours de ces quatre dernières semaines.

Après sa première mission de 2022, l’Ocean Viking a débarqué 247 personnes secourues lors de cinq opérations distinctes, à Pozzallo, en Sicile, le week-end des 19 et 20 février. 

Le Sea-Watch 4 a secouru 129 personnes lors de deux opérations de sauvetage le 19 février. Le 25 février Trapani, en Sicile, a été assigné comme port de débarquement pour les rescapé.e.s. Mais le 26 février, en raison des mauvaises conditions météorologiques, les autorités italiennes ont finalement désigné Porto Empedocle , toujours en Sicile, comme lieu de débarquement.  

Le 5 mars, l’Open Arms  a secouru 28 personnes à bord d’une embarcation en bois surchargée.  Après une semaine d’attente à bord, l’Open Arms s’est vu assigner Augusta, en Sicile, comme port de débarquement pour les rescapé.e.s. Le débarquement s’est déroulé le 12 mars. 

Entre le 5 et le 6 mars, l’équipage MSF à bord du Geo Barents a secouru 111 personnes au cours de deux opérations. 80 personnes à bord d’un bateau pneumatique à la dérive, dont des femmes et des enfants, ont été secourues lors de la première opération.  Le deuxième sauvetage a eu lieu dans la zone maltaise de recherche et de sauvetage après 6 heures de recherche de nuit, dans des conditions météorologiques difficiles. Les autorités italiennes ont désigné Augusta, en Sicile, pour le débarquement des rescapé.e.s le 14 mars.  

Le même jour, le Sea Eye 4 a annoncé son départ vers la Méditerranée centrale après une escale technique de 10 semaines dans un chantier naval

Le 22 février, trois patrouilleurs des garde-côtes italiens ont secouru 573 personnes à bord de deux bateaux de pêche surchargés, victimes de mauvaises conditions météorologiques dans la zone italienne de recherche et de sauvetage.  Les personnes rescapées ont ensuite été transférées à bord du navire Diciotti, qui les a débarquées à Augusta. Au cours de l’opération de sauvetage, une personne sans vie a été retrouvée. Elle était morte depuis plusieurs jours selon les rescapé.e.s. 

Un mort et 3 blessés lors d’une tragique interception par les garde-côtes libyens, sur fond de hausse continue des retours forcés en Libye  

Selon l’OIM,  1 370 personnes au total ont été interceptées et renvoyées de force en Libye au cours de ces quatre dernières semaines : 632 entre le 13 et le 19 février, 128 entre le 20 et le 26 février, 452 entre le 27 février et le 5 mars, et 158 au cours de la période du 6 au 12 mars 2022. 

Sea-Watch indique avoir été témoin de deux interceptions, les 28 février et 5 mars, depuis ses avions, Seabird et Seabird 2.  Lors du second événement, Sea-Watch a signalé  la présence d’un drone de Frontex dans la zone concernée.  

Selon InfoMigrants, dans la nuit du 18 au 19 février, lors d’une interception, les garde-côtes libyens ont tiré à balles réelles sur une embarcation à bord de laquelle se trouvaient environ 80 personnes. L’une d’elle est morte et trois autres ont été blessées. L’OIM a condamné  cet événement en soulignant « l’usage excessif de la force par le Dispositif libyen de soutien à la stabilisation ».

Samedi 19 février, les Pilotes Volontaires ont dénoncé l’interception « violente et dangereuse » d’une embarcation par les garde-côtes libyens dans la zone maltaise de recherche et de sauvetage. D’après l’ONG française, cinq personnes sont tombées à l’eau.

Plusieurs naufrages signalés au cours de ces quatre dernières semaines 

Selon InfoMigrants, au moins 50 personnes sont mortes dans un  naufrage tragique le 27 février au large des côtes de Sabratha.  Plus d’une douzaine de corps se sont échoués sur les côtes libyennes dans les jours qui ont suivi.

Le 28 février, le ministère tunisien de la Défense a annoncé qu’au moins neuf personnes avaient péri dans un naufrage au large de la Tunisie alors qu’elles tentaient de traverser la Méditerranée centrale vers l’Italie, tandis que neuf autres avaient été secourues par la marine tunisienne.

Selon The Guardian, au moins 19 personnes sont présumées disparues après que leur embarcation a chaviré le 12 mars au large des côtes libyennes. L’embarcation serait partie de la ville orientale de Tobrouk. Trois personnes ont survécu au naufrage et ont été emmenées à l’hôpital.

Depuis le début de l’année 2022, 193 personnes sont mortes ou ont disparu en Méditerranée centrale, et 3 091 ont été interceptées et renvoyées de force en  Libye. 

Les droits humains s’appliquent en mer 

Le 1er mars, l’ONG Human Rights at Sea a publié « La Déclaration de Genève sur les droits humains en mer , réaffirmant que « les droits humains s’appliquent en mer comme sur terre ». La Déclaration fournit des conseils pratiques aux États sur « la manière de veiller à ce que les violations des droits humains en mer soient détectées, corrigées, et à terme éliminées ». L’ONG britannique travaille actuellement avec les États et l’ONU pour promouvoir l’adoption de cette Déclaration.

PHOTO : Flavio Gasperini / SOS MEDITERRANEE

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