#17 Les autorités européennes affirment leur coopération avec la Libye en matière de migration alors que les interceptions et les violences à l’encontre des migrants et des réfugiés se poursuivent

Cette publication de SOS MEDITERRANEE a pour but de faire le point sur les évènements qui se sont déroulés en Méditerranée centrale au cours des deux dernières semaines. Il ne s’agit pas de livrer une revue exhaustive des faits, mais plutôt de fournir des informations sur l’actualité de la recherche et du sauvetage dans la zone où nous opérons depuis 2016, sur la base de rapports publiés par différentes ONG et organisations internationales ainsi que par la presse internationale.

La fuite par la Méditerranée centrale se poursuit en l’absence de moyens civils de recherche et de sauvetage

Entre fin mars et début avril, des centaines de personnes ont tenté de fuir la Libye par la mer, alors qu’aucun moyen proprement consacré à la recherche et au sauvetage n’est présent dans une grande partie de la Méditerranée centrale.  Certaines personnes ont été interceptées par les garde-côtes libyens et ramenées vers la Libye, pays très peu sûr, alors que d’autres ont atteint le territoire italien ou ont été secourues par les autorités italiennes.

Au cours du premier week-end d’avril, la ligne téléphonique d’urgence de l’ONG Alarm Phone a signalé plusieurs embarcations en détresse,  et a perdu contact avec l’une d’elles qui était à la dérive dans la zone de recherche et de sauvetage maltaise avec 110 personnes à son bord.  Les forces armées maltaises ont publié plus tard une déclaration selon laquelle l’embarcation avait atteint le territoire italien, réfutant toute allégation de non-assistance.

Ces événements se sont produits alors qu’aucun moyen civil de recherche et de sauvetage n’opérait en Méditerranée centrale depuis le début du mois. Le 1er avril, les 208 personnes secourues par l’Open Arms ont été débarquées  à Pozzallo, en Sicile, après avoir attendu un lieu sûr de débarquement pendant quatre jours à bord du navire de sauvetage. L’équipage de l’Open Arms achèvera bientôt sa  quarantaine de 14 jours dans le port de Pozzallo.

Après avoir effectué  une quarantaine de 14 jours et un changement d’équipage à  Augusta, la nouvelle équipe à bord de l’Ocean Viking prépare la prochaine mission du navire en Méditerranée centrale. 

Le week-end dernier, la détention de l’Alan Kurdi de l’ONG allemande Sea Eye a été levée à la suite d’une mesure d’urgence prise par le tribunal administratif d’Olbia. Cette décision temporaire va permettre à l’Alan Kurdi de prendre la mer vers l’Espagne afin que d’indispensables travaux d’inspection et d’entretien y soient réalisés. Une audience est fixée au 3 novembre 2021 afin de statuer sur la légalité de cette détention.

Une personne tuée et deux blessées au cours d’une fusillade dans un centre de détention de Tripoli ; libération d’un trafiquant présumé d’êtres humains sanctionné par l’ONU ; coopération affirmée des autorités européennes avec la Libye en matière de migration.

Le 8 avril,  une personne a été tuée et deux jeunes de 17 et 18 ans blessés  lors d’une fusillade au centre d’accueil et de rapatriement d’Al-Mabani, un centre de détention à Tripoli. Selon Médecins sans Frontières (MSF), les coups de feu ont été tirés aveuglément  dans des cellules du centre de détention.

Cet événement ne fait que rappeler les dangers que courent des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants placés en détention arbitraire en Libye.  Selon MSF, beaucoup de ces centres de détention sont de plus en plus surpeuplés, en partie à cause de l’augmentation du nombre d’interceptions par les garde-côtes libyens.  La plupart des personnes interceptées par les garde-côtes libyens et ramenées en Libye se retrouvent en détention arbitraire , comme ce fut le cas pour 138 femmes, hommes et enfants débarqué.e.s à Tripoli par les garde-côtes libyens dans la nuit du 31 mars, comme l’a révélé le UNHCR.

Le week-end dernier, Abdel Rahman Milad, plus connu sous le nom de Bija, ancien chef de la sécurité de Zaouia et trafiquant présumé d’êtres humains, a été libéré de prison faute  de preuves.  Milad avait été sanctionné par le Conseil de sécurité de l’ONU en 2018 pour trafic d’êtres humains et arrêté en octobre dernier pour contrebande de carburant et trafic d’êtres humains. Avant sa libération, il a été promu au rang de Major de la garde côtière libyenne, comme le rapporte le quotidien italien Avvenire.

Le Premier ministre maltais Robert Abela et le Premier ministre italien Mario Draghi se sont rendus en Libye début avril. Abela a annoncé que Malte allait rouvrir son ambassade  et rouvrir les vols vers la Libye, alors que Draghi a applaudi les efforts des autorités libyennes  pour « freiner le flux des migrants vers l’Europe ».  Le président du Conseil européen Charles Michel  s’est  lui aussi rendu à Tripoli au début du mois et a déclaré que l’Union européenne continuerait à soutenir le Gouvernement d’union nationale dans différents domaines politiques, parmi lesquels l’immigration.

Des appels téléphoniques d’avocat.e.s des droits humains et de journalistes couvrant les sujets de migration en Méditerranée centrale interceptés par des procureurs italiens.

Une enquête de la chaîne publique italienne Rai News et du journal Domani a révélé que  des procureurs italiens avaient intercepté des conversations téléphoniques  de journalistes, d’avocat.e.s des droits de la personne et d’employé.e.s d’ONG dans le cadre d’une enquête sur des allégations de complicité avec des passeurs en Libye. Parmi les conversations enregistrées secrètement par les procureurs de Trapani figurent des appels entre des journalistes et leurs avocat.e.s, mais également des sources confidentielles et des appels d’employé.e.s des ONG Save the Children et MSF.

Le ministre italien de la Justice a annoncé que des enquêtes préliminaires allaient être menées en urgence auprès du Bureau du procureur de Trapani.

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