#34 En janvier, plus de 2000 personnes tentent la périlleuse traversée de la Méditerranée centrale, plus de 80 vies perdues

Cette publication de SOS MEDITERRANEE a pour but de faire le point sur les évènements qui se sont déroulés en Méditerranée centrale au cours des deux dernières semaines. Il ne s’agit pas de livrer une revue exhaustive des faits, mais plutôt de fournir des informations sur l’actualité de la recherche et du sauvetage dans la zone où nous intervenons depuis 2016, sur la base de rapports publiés par différentes ONG et organisations internationales ainsi que par la presse internationale.

Des centaines de personnes secourues en mer en janvier

En un peu plus d’une semaine, plus de 800 hommes, femmes et enfants ont été secouru.e.s en mer en janvier 2022 par des navires de sauvetage humanitaires, dans des conditions météorologiques éprouvantes.

L’équipe du Geo Barents de MSF a secouru 439 rescapé.e.s lors de six opérations de sauvetage en deux jours, entre le 19 et le 21 janvier. Après plus d’une semaine d’attente, le port d’Augusta, en Italie, a été assigné au navire pour débarquer les rescapé.e.s.

62 personnes ont été secourues par le Louise Michel le 19 janvier. Plus tôt ce même jour, l’équipe à bord était témoin d’une interception par les garde-côtes libyens. Après plusieurs jours d’attente dans des conditions météorologiques difficiles et suite à deux évacuations médicales de femmes enceintes et de leurs partenaires respectifs, le Louise Michel a obtenu la permission de débarquer les 58 rescapé.e.s restant.e.s à Lampedusa.

Le Mare Jonio de l’ONG Mediterranea a participé à deux opérations de sauvetage entre le 19 et le 20 janvier. L’équipe à bord a secouru 208 personnes. Après l’évacuation médicale d’un cas critique, le navire a finalement reçu l’ordre de débarquer les rescapé.e.s à Pozzallo, en Italie. En raison de conditions météorologiques difficiles, le capitaine a jugé le trajet vers Pozzallo trop risqué. 142 rescapé.e.s ont donc été autorisé.e.s à débarquer à Lampedusa via des patrouilleurs des garde-côtes italiens, tandis que les 70 rescapé.e.s restant.e.s ont débarqué à Pozzallo. 

Le 21 janvier, les garde-côtes italiens ont porté secours à plus de 300 personnes en détresse sur une embarcation en bois surchargé dans des conditions éprouvantes au large de Lampedusa, (source Reuters).

Le 28 janvier, l’équipe de l’Aita Mari de l’ONG Salvamento Maritimo Humanitario a porté secours à 176 hommes, femmes et enfants au cours de deux opérations de sauvetage. Tous les rescapé.e.s ont débarqué à Lampedusa deux jours plus tard.

Fin janvier, le journal italien Avvenire a rapporté qu’une affaire judiciaire contre Mediterranea et les membres de l’équipe du Mare Jonio avait été classée. Le juge de la province sicilienne d’Agrigente a déclaré qu’aucune licence spécifique n’était nécessaire pour secourir légalement des personnes en détresse en mer, confirmant que l’organisation avait refusé à juste titre de remettre les rescapé.e.s aux garde-côtes libyens, la Libye ne pouvant être considérée comme un lieu sûr.

Au cours du premier mois de 2022, au moins 82 personnes ont péri en Méditerranée centrale

Près de 50 personnes ont été déclarées mortes ou portées disparues dans deux naufrages en janvier.

21 personnes ont été secourues par les autorités tunisiennes après un naufrage au large de Sfax, en Tunisie, le 20 janvier. Selon les rescapé.e.s, il y avait au moins 32 personnes à bord. Quatre corps ont été retrouvés et sept victimes sont toujours portées disparues, selon i24 News.

Le 27 janvier, une embarcation transportant environ 70 personnes a chaviré au large de Zarzis, en Tunisie, près de la frontière libyenne. 34 personnes ont été secourues, six se sont noyées et au moins 30 sont portées disparues, selon Arab News.

Sept personnes sont mortes d’hypothermie sur une embarcation transportant environ 280 personnes, principalement originaires du Bangladesh et d’Égypte. Les garde-côtes italiens ont localisé le bateau au large de Lampione, près de Lampedusa, et ont procédé au sauvetage, rapporte Reuters.

Après 5 ans d’accords UE-Libye, les retours forcés illégaux se poursuivent sans interruption 

Selon l’Organisation internationale pour les migrations, 1 476 personnes ont été interceptées par les garde-côtes libyens et renvoyées de force au cours des deux dernières semaines.

Le 31 janvier a marqué le 5e anniversaire de l’accord de coopération entre l’UE et la Libye. Grâce au soutien financier, à l’équipement et à la formation fournis par l’UE, les garde-côtes libyens ont depuis intercepté plus de 82 000 hommes, femmes et enfants, dont beaucoup ont été renvoyé.e.s en Libye, dans des conditions de détention arbitraire terribles, comme rapporté par Amnesty International et comme décrit à notre équipe par des rescapé.e.s à bord de l’Ocean Viking. Malgré les confirmations répétées des Nations unies selon lesquelles la Libye n’est pas un lieu sûr pour les rescapé.e.s secouru.e.s en mer, l’accord actuel de l’Italie avec la Libye est valable jusqu’en février 2023, date à laquelle il sera automatiquement renouvelé, à moins qu’il ne soit interrompu d’ici novembre 2022.

Photo : Laurence Bondard / SOS MEDITERRANEE

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