L’opération civile de surveillance aérienne de SOS MEDITERRANEE a repris pour renforcer l’observation indépendante de ce qu’il se passe en Méditerranée centrale. Elle s’inscrit dans un contexte de réduction de l’aide humanitaire et de violations persistantes des droits humains.
SOS MEDITERRANEE reprend sa mission civile de surveillance aérienne, Albatross, au-dessus de la Méditerranée centrale, en partenariat avec Humanitarian Pilots Initiative (HPI).
Cette reprise intervient alors que, selon de récentes informations, près de 1 000 personnes seraient disparues en Méditerranée centrale pendant le cyclone Harry. Ce drame souligne une évidence : l’absence d’informations fiables n’est jamais neutre. Elle rend d’autant plus essentielle que les événements en mer soient documentés, afin de défendre les droits humains et de protéger la vie.
Lancée en novembre 2025 à partir de Lampedusa, la mission Albatross s’est jointe à d’autres acteurs civils engagés dans la surveillance aérienne en Méditerranée centrale.
Dès les premiers vols, l’équipage a repéré des embarcations en détresse, des interceptions par les garde-côtes libyens et des bateaux vides dont le sort demeure inconnu. Les relais Mayday transmis depuis l’avion au nom de ces embarcations ont parfois permis le déclenchement d’opérations de sauvetage.
Une surveillance humanitaire en l’absence des responsables officiels
Si le ciel de la Méditerranée centrale est aujourd’hui largement couvert par les appareils de Frontex et des autorités nationales, cette surveillance vise à contrôler les frontières, bien plus qu’à protéger des vies humaines.
Dans cette zone, les naufrages, les retards d’intervention ou les refus d’assistance se multiplient, souvent hors de tout regard public. Les capacités de recherche et de sauvetage étatiques ont été démantelées ; la coordination efficace des secours, elle, a presque disparu. En l’absence des responsables officiels, les missions civiles comme Albatross jouent un rôle crucial.
Depuis les airs, l’équipage documente les conditions dans lesquelles des personnes tentent désespérément de survivre : embarcations surchargées, interventions retardées, comportement des différents acteurs en mer. Ces observations ne sont pas de simples données abstraites ; elles offrent une lecture des réalités maritimes à travers le prisme des droits humains. Elles permettent à SOS MEDITERRANEE et à d’autres organisations,, de comprendre comment, quand et par qui les responsabilités sont assumées, différées ou ignorées — des enjeux vitaux liés au droit à la vie, à la sécurité et à la dignité.
Une mission fondée sur la responsabilité humanitaire malgré les obstacles
A bord de l’Albatross, un.e coordinateur.trice tactique, un.e agent.e de surveillance dédié.e et le ou la pilote peuvent rester en vol jusqu’à huit heures d’affilée. Lorsque l’équipage observe une situation de détresse, il est légalement tenu d’alerter les autorités compétentes, conformément à la Convention de Chicago sur l’aviation civile internationale.
Bien que la surveillance humanitaire civile soit légale en vertu du droit international de l’aviation civile et des cadres nationaux de l’aviation, son espace opérationnel a été progressivement réduit. Alors que la mission Albatross est menée conformément aux règles, les autorités italiennes ont multiplié les outils administratifs et réglementaires visant à dissuader et à sanctionner la surveillance aérienne civile. En Italie, le décret 145/2024, converti par la suite en loi 187/2024, a introduit la menace de sanctions, notamment amendes, détention administrative et confiscation, à l’encontre des aéronefs civils de surveillance.
Ces restrictions reflètent une tendance plus générale en Méditerranée centrale, où les acteurs humanitaires sont de plus en plus confrontés à la criminalisation, à des obstacles administratifs et à des politiques visant à limiter leur présence en mer. Dans ce contexte, la reprise de la mission Albatross au début de l’année 2026 est capitale : selon SOS MEDITERRANEE, elle contribue à préserver une présence humanitaire indépendante dans les airs afin de renforcer les possibilités de demander des comptes, de protéger les droits humains, et de garantir que les décès, les disparitions et les abus en mer laissent des traces, qu’ils puissent être contestés et qu’hommage soit rendu aux victimes.
Crédit photo : Tess Barthes / SOS MEDITERRANEE


