« Les frontières sont devenues asymétriques » – Michel Bussi 
8 janvier 2026
Depuis huit ans, l’écrivain et géographe Michel Bussi soutient SOS MEDITERRANEE. Un engagement de longue haleine, né à l’intersection entre la recherche, l’écriture et l’indignation face aux discours des politiques sur l’immigration. Lors de sa participation à une table ronde organisée par SOS MEDITERRANEE sur le sauvetage en mer dans le cadre du festival lyonnais Quai du Polar, l’auteur du roman On la trouvait plutôt jolie a tenu à déconstruire les idées reçues et à rappeler la réalité documentée des opérations de secours en Méditerranée.  

« Je me suis rendu compte qu’il y avait comme une sorte de hiatus entre ce que disaient les scientifiques, les chercheurs, et ce que l’on donnait à l’opinion publique, notamment ce que les politiques affirment sur les questions migratoires », confie Michel Bussi.  

Avant d’être écrivain, il enseignait la géographie politique à l’Université de Rouen, dirigeant un laboratoire de recherche sur les frontières et les migrations. Ce fossé entre savoir et récit dominant l’a conduit à écrire un roman qui aborde la question de l’exil à travers le personnage de Leyli, jeune maman originaire du Mali, qui passe du désert sahélien à la jungle urbaine marseillaise. « Nous vivons dans un monde ultra-connecté, où n’importe qui, même dans les pays les plus pauvres, peut avoir accès à l’information. Pourtant, le monde n’a jamais été aussi fermé. Les frontières sont devenues asymétriques : elles sont franchies dans un sens, mais pas dans l’autre. » 

Son engagement auprès de SOS MEDITERRANEE est loin de faiblir face à la montée des discours de haine. « C’est un combat de l’opinion permanent. Les médias, les résultats des élections, l’opinion publique tendent à se durcir sur ces questions migratoires. Les réfugiés, les étrangers en général, sont visés par des discours de plus en plus durs, de plus en plus discriminatoires. Les lois deviennent de plus en plus répressives. Le combat est loin d’être gagné. » 

Pourtant, il reste convaincu qu’un autre récit est possible. « Quand on met cette question sur le terrain de l’empathie, de l’humanité, de l’entraide, de la solidarité, il n’y a plus grand monde pour s’y opposer. » Mais faire entendre ce narratif plus positif est un défi. « Le discours qu’on sert le plus souvent est un discours de simplification qui fait appel à l’émotion, à la peur, aux faits divers, aux fameuses OQTF. C’est donc très difficile de faire apparaître un autre récit. » 

« Tout homme a droit à la justice. Sauver des vies humaines, c’est un devoir. »  

– Michel Bussi 

Trois mots résument, pour lui, l’action de SOS MEDITERRANEE : humanité, devoir, justice.  

« Une vie humaine compte, quelle que soit son origine. Sauver des vies, c’est un devoir. Et tout homme a droit à la justice. Le droit à être défendu, le droit à une aide juridictionnelle, en particulier pour les mineurs. Pourtant, aujourd’hui, on accepte des mesures dérogatoires par rapport aux droits humains, on flirte avec une justice à deux vitesses. » 

Michel Bussi reste cependant lucide sur la portée de son engagement : « J’espère un jour ne plus avoir à me battre pour ce que je crois. Mais pour l’instant, j’ai l’impression d’être minoritaire. » Alors il continue. Pour que l’opinion bascule. Pour que l’Europe ne trahisse pas ses principes. Pour que la justice ne soit pas un privilège. 

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