En cette fin janvier 2025, l’Ocean Viking a secouru 114 personnes lors de deux opérations de sauvetage au large des côtes maltaises. Parmi elles, Rahaf, une petite fille syrienne de sept ans que nous avons trouvée inconsciente dans l’une des embarcations en détresse. Notre équipe médicale a réussi à la réanimer après 45 minutes de massage cardiaque et elle a été évacuée d’urgence vers Malte, accompagnée de sa mère et de sa sœur.
Malheureusement, nous avons appris qu’elle n’avait pas survécu. Cette tragédie nous bouleverse et nous indigne. Aucune personne, aucune famille ne devrait avoir à subir un tel drame.
Le père de Rahaf n’a pas pu suivre sa femme et ses filles à l’hôpital, faute de place dans l’hélicoptère. C’est donc à bord de notre navire qu’il a appris la terrible nouvelle. Nous l’avons soutenu du mieux que nous pouvions jusqu’à son débarquement au port d’Ancône trois jours plus tard. Dévasté par la perte de sa fille, il lui a écrit ce poème, qu’il nous a demandé de partager en sa mémoire.
Sur le rivage de la mort, ton voyage s’est achevé.
Ton petit cœur, encore tendre, n’a pas résisté.
Il était rempli d’amour, débordant jusqu’au dernier souffle.
Tu es partie, ma belle, ma petite.
Ta douce voix s’est éteinte à jamais,
Laissant derrière elle un père, une mère et une sœur, perdus, errant entre ciel et mer.
Comment ton cœur si pur a-t-il pu quitter soudainement tes proches tant aimés ?
Tu as supporté les difficultés du voyage, la cruauté des vagues – tout cela pour quoi ?
Pour une vie digne.
Oui, tu l’as trouvée maintenant, Rahaf. Tu as atteint le bonheur éternel.
Que ton âme repose en paix, mon amour.
Vendredi, le père de Rahaf a été le dernier des 111 rescapé.e.s à fouler la terre ferme. En vous partageant ses vers, nous rendons hommage à cette petite fille et à toutes celles et ceux qui continuent de risquer leur vie pour échapper à l’insoutenable.
Crédits photos : Jérémie Lusseau et Charles Thiefaine / SOS MEDITERRANEE.