Plus de 180 personnes sont décédées en Méditerranée la semaine dernière. Une tragédie évitable, qui porte à près de 1000 le nombre de morts depuis janvier 2026, faisant de ce début d’année le plus meurtrier jamais recensé par l’Organisation internationale pour les migrations.
Cette réalité que nous ne pouvons pas accepter est le résultat direct d’une décennie de politiques européennes visant à priver d’assistance et de moyens de sauvetage les personnes qui traversent la Méditerranée, au mépris délibéré de leurs droits à être sauvées et protégées. C’est ce qui ressort clairement des événements tragiques de ces derniers jours, selon Soazic Dupuy, directrice des opérations de SOS MEDITERRANEE.
Au cours du week-end de Pâques, plus de 80 personnes sont mortes ou portées disparues à la suite du naufrage d’une embarcation en bois en Méditerranée centrale.
En l’espace d’une semaine seulement, du 28 mars au 5 avril, on estime que plus de 100 personnes ont perdu la vie en tentant cette traversée. Sur l’ensemble des routes de la Méditerranée, le bilan pour cette période pourrait être considérablement plus élevé.
Le 5 avril, une embarcation en bois, partie de Libye, a chaviré, entraînant la mort d’environ 80 personnes ; 32 survivant.e.s ont été secouru.e.s par des navires marchands. Quelques jours plus tôt, le 1er avril, les garde-côtes italiens ont récupéré 19 corps sans vie et secouru 58 personnes d’un canot pneumatique au sud de Lampedusa. Le même jour, 19 personnes de nationalité afghane, dont un bébé, sont mortes au large de Bodrum, en Turquie. Le 29 mars, un autre naufrage au large de la Tunisie a causé la mort de 19 personnes et 21 sont portées disparues, contre seulement 16 survivant.e.s. Sur la route de la Méditerranée orientale, 22 personnes sont décédées au large de la Crète le 26 mars, après six jours à la dérive.
« Il ne s’agit pas de tragédies inévitables. Elles sont la conséquence d’un choix délibéré de politiques qui ont démantelé les opérations de recherche et de sauvetage menées par les États, remplacé l’assistance par la dissuasion, les retours forcés et des stratégies pour empêcher les personnes d’arriver en lieu sûr, et transféré la responsabilité à des acteurs ne pouvant ou ne voulant pas respecter les obligations internationales. Il en résulte un espace maritime dans lequel les situations de détresse sont détectées mais ignorées, où le sauvetage est possible mais n’est pas traité comme une priorité, et où les décès en mer sont considérés comme une conséquence acceptable des politiques » ajoute Soazic Dupuy au nom de SOS MEDITERRANEE.
« Cette réalité provoquée volontairement peut être modifiée, ajoute la directrice des opérations : nous demandons aux États de respecter leurs obligations légales en rétablissant un mécanisme de recherche et de sauvetage dirigé par les États en Méditerranée centrale ; nous exigeons que le gouvernement italien cesse les obstructions aux opérations de recherche et de sauvetage menées par les ONG en abrogeant les lois qui autorisent les immobilisations arbitraires de navires.
Plus que jamais, ce qui se passe en Méditerranée doit conduire à une obligation, pour les responsables politiques, de rendre des comptes : tous les cas de non-assistance potentielle, y compris les événements tragiques documentés entre fin mars et début avril, doivent faire l’objet d’enquêtes indépendantes. Les moyens d’empêcher ces décès existent ; inverser cette tendance est une question de volonté politique, d’obligation légale et de responsabilité morale. »
Crédit photo : Tess Barthes / SOS MEDITERRANEE

