En Méditerranée centrale, les personnes secourues par l’Ocean Viking affrontent des conditions extrêmes sur des embarcations de fortune. Noyade, écrasement, hypothermie, déshydratation, brûlures chimiques : chaque minute passée en mer met leur vie en danger. Second volet de la série consacrée à notre dossier médical « Soigner l’humanité qui nous rassemble »
À l’épreuve des éléments
Dans la clinique de l’Ocean Viking, les équipes médicales de SOS MEDITERRANEE sont confrontées à des urgences vitales et des cas médicaux qui témoignent des risques de la traversée. Hiver comme été, les personnes naufragées dérivent pendant des jours, parfois plus d’une semaine, exposées aux éléments. Sans suffisamment d’eau potable et de nourriture, les corps s’affaiblissent rapidement : déshydratation sévère, insolations graves, hypothermie… Les cas les plus critiques arrivent inconscients et doivent être amenés à bord sur un brancard.
Des embarcations mortifères
« Un homme répétait sans cesse ‘beaucoup de morts… beaucoup de morts’ », témoigne Patrick, membre de l’équipe de sauvetage, lors d’une intervention en mars 2024. Sur cette embarcation pneumatique à la dérive, environ 60 personnes – dont des femmes et des enfants – ont péri avant l’arrivée des secours. Qu’il s’agisse de frêles embarcations pneumatiques qui se dégonflent ou s’effondrent sur elles-mêmes, de vieux bateaux en bois munis d’une cale où l’on entasse les plus fragiles, de barques en métal aux rebords tranchants qui sombrent à la première vague ou d’autres bateaux, tous sont surchargés et instables, et font courir de graves risques à leurs occupant.e.s : noyade, écrasement, asphyxie, traumatismes corporels graves… Des risques que connaissent nos équipes de sauvetage et l’équipe à bord qui est organisée pour traiter toutes ces urgences médicales sans délai.
Le carburant qui ronge les corps
Dans ces embarcations de fortune, le mélange d’eau de mer et de carburant provoque des brûlures cutanées profondes chez les personnes rescapées. Les femmes et les enfants, placés au centre dans une tentative de protection, sont paradoxalement les plus exposés aux liquides corrosifs et aux émanations toxiques. Nos équipes traitent quotidiennement des cas graves d’intoxication et d’asphyxie, particulièrement dans les espaces confinés comme les cales des bateaux à double-pont où les vapeurs s’accumulent.
Course contre la mort
« Nous sommes en situation de catastrophe de masse », rappelle le chef de l’équipe médicale de SOS MEDITERRANEE. En témoigne cet épisode qu’il tire d’un sauvetage passé : à bord d’une embarcation repérée après une semaine de dérive, deux personnes inconscientes nécessitaient une prise en charge immédiate. L’une d’elle présentait du mucus jaune sur les lèvres, une respiration sifflante et des membres rigides. En méditerranée centrale, chaque minute compte pour sauver des vies en danger.
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Crédits photo en haut de page : Max Cavallari / SOS MEDITERRANEE