Lancé par l’Italie en 2017, le programme SIBMMIL – Soutien à la gestion intégrée des frontières et des migrations en Libye – visait, selon ses initiateurs, à « renforcer les capacités des autorités libyennes en matière de gestion des frontières ». Notre rapport révèle des failles majeures de transparence, des liens troubles entre acteurs publics et privés, et une implication directe dans des violences en mer.
Achevé l’an dernier, le programme SIBMMIL constituait l’un des principaux instruments de coopération entre l’Italie et les autorités libyennes pour le contrôle des migrations.
Financé par le ministère italien de l’Intérieur, le programme avait notamment pour objectif de soutenir les capacités des autorités libyennes en matière de surveillance maritime et de gestion des migrations. Au total, 61,2 millions d’euros ont été alloués au programme.
Opacité financière
Selon l’analyse menée par IrpiMedia, seules des dépenses à hauteur de 34 millions d’euros ont pu être documentées. Aucune information publique n’existe concernant les 27,1 millions restants, soit environ 44 % du budget.
Le rapport souligne ainsi un manque de transparence dans la gestion et le suivi des fonds liés à ce programme.
Le principal contractant du programme, le « Cantiere Navale Vittoria », a perçu 7,7 millions d’euros dans le cadre du SIBMMIL. L’entreprise – aujourd’hui au centre de quatre enquêtes italiennes et européennes pour trafic d’armes, blanchiment et corruption – illustre les dérives potentielles de cette coopération migratoire externalisée.
Des patrouilleurs utilisés contre des ONG
Les fonds du SIBMMIL ont aussi servi à équiper et à former les garde-côtes de Tripoli, régulièrement accusés de violences contre les personnes migrantes et les ONG de sauvetage.
Le 24 août 2025, le patrouilleur Houn 664, cédé par l’Italie en 2023 dans le cadre de ce programme, a tiré sur l’Ocean Viking, le navire ambulance de SOS MEDITERRANEE.
Depuis 2021, au moins 24 attaques contre des ONG humanitaires ont été attribuées à ces forces libyennes, dont certaines utilisent des navires fournis via ce même programme européen.

Crédit photo : Max Cavallari / SOS MEDITERRANEE
Le rapport a été présenté à la Chambre des députés du parlement italien. Il appelle le gouvernement et ses partenaires européens à garantir la traçabilité des fonds, à suspendre toute coopération opaque avec des acteurs impliqués dans des violations des droits humains, et à revoir le cadre global de la coopération UE-Libye sur les migrations.
Lire le rapport complet (en italien)
Crédit photo en haut de page : Tess Barthes / SOS MEDITERRANEE

