À l’occasion de la sortie en salles du documentaire Welcome to Europe, SOS MEDITERRANEE s’associe à cette œuvre qui éclaire les réalités contemporaines de l’exil. Rencontre avec Thomas BORNOT et Cyril MONTANA, scénariste et réalisateur.
Le film suit le parcours de Cyril, petit-fils d’un réfugié politique espagnol, qui entreprend un voyage de Paris jusqu’aux frontières de l’Europe pour comprendre l’histoire et les visages des migrations d’aujourd’hui. En chemin, il rencontre Yadullah, un jeune Afghan arrivé à Paris en 2022. Ensemble, ils tissent un dialogue entre mémoire et actualité, entre héritage familial et solidarité contemporaine.
Croisant des témoignages d’exilé.e.s, et des analyses politiques et scientifiques, Welcome to Europe déconstruit les stéréotypes et révèle ce qui se cache derrière la « fiction » de l’immigration.
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Qu’est-ce que votre documentaire Welcome to Europe permet de raconter sur l’exil et que vous voyez rarement abordé dans le débat public ?
Cyril : L’exil, et donc l’immigration, sont des sujets très clivants. Les médias en parlent énormément. Ils sollicitent surtout l’avis des experts, mais on ne demande presque jamais celui des personnes directement concernées. On parle très peu des parcours d’exil, de l’humain derrière les migrations, des destins individuels. C’est pourtant essentiel. À travers ce film, nous avons voulu donner à voir et à entendre celles et ceux qui subissent l’exil.
Thomas : Réaliser ce film m’a aidé à saisir et à comprendre la notion de durée derrière celle de la migration. Entre le moment où une personne est poussée à quitter son pays et celui où elle arrive aux portes de l’Europe, il peut se passer sept, parfois huit années de déplacements entre des frontières. De la même manière, les médias traitent souvent de l’arrivée en Europe, mais très peu de tout ce qui précède. J’ai aussi découvert la gestion externalisée des frontières européennes, avec des pays comme la Libye chargés de contenir « les flux migratoires ». Cela rend les traversées non seulement dangereuses, mais aussi extrêmement longues.
En quoi le partenariat avec SOS MEDITERRANEE est-il important pour vous ?
Thomas : Dans le film, on entend des spécialistes, des personnes exilées et des acteurs associatifs. C’était important pour nous de montrer l’engagement et l’abnégation de toutes celles et ceux qui essaient d’aider les autres, dans un contexte de durcissement des politiques migratoires qui tend à transformer l’Europe en forteresse. Nous ne faisons qu’effleurer la réalité à travers le film, alors que des associations et des bénévoles travaillent chaque jour sur le terrain. Ce partenariat a donc beaucoup de sens pour nous.
Cyril : C’est aussi une vraie reconnaissance pour nous, sincère, d’avoir un tel partenariat avec vous. Aujourd’hui, nous nous trompons souvent de héros, nous n’admirons pas les bonnes personnes. On l’a vu pendant la période du Covid : des métiers souvent invisibles sont soudain apparus comme essentiels. Je pense que c’est un peu la même chose ici. Alors parler de SOS MEDITERRANEE, mettre en lumière celles et ceux qui s’engagent au quotidien pour le vivre-ensemble, pour un monde plus ouvert et plus inclusif, c’est important.
Pensez-vous que le cinéma peut participer à changer les regards sur les migrations ?
Cyril et Thomas : Oui, complètement. Il existe bien sûr des discours, des manifestations ou des colloques sur le sujet, mais nous avons voulu faire un film accessible au grand public, y compris aux adolescent.e.s, pour permettre à cette audience de comprendre les enjeux autour des migrations. Le cinéma offre la possibilité de raconter autrement, de questionner et de montrer des réalités que l’on voit peu.
Aujourd’hui, il existe une véritable bataille autour des images et des récits. Certains discours dominants tendent à réduire les personnes exilées à des faits divers ou à des chiffres. En outre, le débat public impose souvent un discours défensif sur cette thématique, où il faut sans cesse se justifier. Notre film, par son existence même, permet de déplacer le regard et de mettre en lumière certaines contradictions. En proposant un autre narratif, ancré dans l’humain et dans l’expérience du terrain, Welcome to Europe peut contribuer à faire évoluer les regards et les attitudes.
Le documentaire peut ainsi devenir un outil pour interroger les représentations et prendre part au débat, par la force des histoires racontées et l’écho qu’elles peuvent trouver auprès du public.
À l’invitation des équipes de distribution, SOS MEDITERRANEE tiendra un stand d’information lors de certaines projections du film, et participera à des échanges avec le public, en présence de l’un des réalisateurs. Ces moments de rencontre seront l’occasion de rappeler le rôle de la société civile dans le parcours des personnes exilées, ainsi que la continuité entre les initiatives citoyennes à terre et la mission de sauvetage en mer portée par SOS MEDITERRANEE.
Crédit photo : Le Village Production


