Au lendemain de la Journée internationale des migrant.e.s, les 2ᵉˢ Rencontres Méditerranée solidaire se sont tenues le 19 décembre au Palais des congrès de Gruissan. Coorganisé par SOS MEDITERRANEE, la Région Occitanie, le Parlement de la mer et la Ville de Gruissan, l’événement a rassemblé élu.e.s, expert.e.s, associations et citoyen.ne.s autour d’un même constat : face au recul du respect du droit maritime et à la criminalisation du sauvetage en mer, soutenir la résistance humanitaire est plus que jamais une nécessité.
Ces rencontres se sont inscrites dans la continuité d’un cycle engagé depuis plusieurs années en Occitanie. Après les premières Rencontres Méditerranée solidaire à Montpellier en 2023, puis les Assises du droit de la mer et des solidarités maritimes en 2024, cet événement a marqué une nouvelle étape, en préambule des prochaines Assises prévues à Montpellier en octobre 2026.
La Région Occitanie, le Département de l’Aude, la Ville de Gruissan et plusieurs collectivités locales y ont réaffirmé leur soutien moral et financier à l’action de SOS MEDITERRANEE, aux côtés de partenaires associatifs et institutionnels mobilisés de longue date.
Mémoire et responsabilité
La journée s’est ouverte par un moment de recueillement devant la stèle La Vague Alarme, érigée sur le quai du Cadran solaire à Gruissan en hommage aux personnes mortes en Méditerranée. Dépôt de gerbes, minute de silence et intervention de la cantatrice Barbara Derathé ont donné à cette séquence une dimension solennelle et profondément humaine.
« Cette vague immobile rappelle que la mer, si belle, peut aussi se transformer en cimetière », a déclaré le maire de Gruissan, Didier Codorniou, soulignant que chaque vie humaine compte, quels que soient son origine et son statut. Un message partagé par les représentant.e.s de la Région et du Département, pour qui sauver des vies en mer relève d’un devoir fondamental.
Sauvetage en mer : un espace humanitaire sous pression
Au cœur de l’événement, une table ronde intitulée « Soutenir la résistance humanitaire en Méditerranée » a réuni Najat Vallaud-Belkacem ancienne ministre des Droits des femmes puis de l’Education nationale et présidente de France Terre d’Asile, Benjamin Michallet économiste, et Ali Bensaad géographe.
La projection d’images de l’attaque de l’Ocean Viking du 24 août dernier a donné le ton des échanges. Sophie Beau, directrice générale de SOS MEDITERRANEE, est revenue sur les faits, le silence persistant des États européens et l’absence de condamnation officielle de cette attaque, à l’exception de la Norvège, État du pavillon du navire. Elle a également rappelé les plaintes déposées en Italie, en France et en Allemagne, et alerté sur la fermeture progressive de l’espace humanitaire en Méditerranée centrale.
Depuis la création de la zone de recherche et de sauvetage libyenne en 2018, la coordination des secours s’est fortement dégradée. Les ONG ne recevaient plus de signaux de détresse transmis par les autorités libyennes, tandis que la mortalité en mer augmentait et que le nombre de navires de sauvetage diminuait.
Najat Vallaud-Belkacem a replacé ces constats dans une perspective politique plus large. Elle a dénoncé le passage d’une politique européenne de protection à une logique de dissuasion, fondée sur l’externalisation des frontières et le renforcement des contrôles, au détriment du droit d’asile. Elle a également souligné le silence de l’Union européenne face aux violations des droits humains en Libye et en Tunisie, et rappelé que les demandeur.euse.s d’asile ne représentent qu’une minorité des mobilités vers l’Europe, contrairement aux idées reçues.
Benjamin Michallet a insisté sur l’inefficacité et le coût des politiques de refoulement, plaidant pour des évaluations scientifiques rigoureuses et des politiques d’intégration ambitieuses. Il a rappelé que l’immigration a un impact économique neutre, voire positif, et que l’Europe ne mise pas suffisamment sur le capital humain.
Ali Bensaad a, quant à lui, analysé les logiques géopolitiques à l’œuvre, expliquant comment certains pays tiers tirent profit de leur rôle de « gardiens » des frontières européennes, en échange d’une rente politique et d’une forme d’immunité, au prix d’une répression accrue des personnes exilées et de la société civile.
La diffusion du témoignage vidéo d’Alex, jeune homme originaire du Soudan du Sud secouru par l’Ocean Viking, a rappelé la violence des parcours migratoires, notamment en Libye et sur les routes du désert.
En conclusion, Sophie Beau a insisté sur la nécessité de « résister pour simplement faire respecter le droit international ». Malgré les menaces, les entraves administratives et la criminalisation croissante, SOS MEDITERRANEE a réaffirmé sa volonté de poursuivre ses missions de sauvetage, de témoignage et de plaidoyer.
La journée s’est achevée par le finissage de l’exposition Save Our Souls, présentée par des bénévoles venu.e.s de plusieurs antennes d’Occitanie, et par un appel à la mobilisation citoyenne et aux dons. À Gruissan, une conviction a émergé avec force : face à l’abandon du sauvetage en mer par les États, la résistance humanitaire est et demeure une responsabilité collective.
Crédit photo : Solenn DEPONT / SOS MEDITERRANEE
