Communiquer en arabe, pour quoi faire ? 
27 avril 2026

Organisation européenne par sa structure, SOS MEDITERRANEE inscrit son action au cœur du bassin méditerranéen tout en renforçant ses liens avec un espace international plus large. En développant sa communication en arabe, l’association affine sa capacité à dialoguer avec les publics concernés, au plus près des réalités humaines et culturelles de la région.

En intégrant l’arabe parmi ses langues de communication, SOS MEDITERRANEE prolonge une démarche déjà engagée, qui reconnaît la Méditerranée comme un espace commun, façonné par des échanges et des histoires entremêlées entre ses rives nord et sud.

Favoriser le dialogue à bord

L’arabe est une des langues les plus fréquemment parlées par les personnes secourues en mer. Avoir des membres d’équipage arabophones permet de s’adresser directement à elles lors des opérations de sauvetage, puis à leur arrivée à bord de l’Ocean Viking.

Cela conditionne la qualité du premier contact et la capacité à recueillir des informations essentielles sur l’état de santé ou les besoins immédiats des rescapé.e.s. Parce que le sauvetage en mer ne se limite pas à une intervention technique, être compris dans sa langue peut constituer un premier geste de soin dans une situation marquée par le stress, la fatigue et/ou le traumatisme. Parler la même langue que des personnes rescapées crée les conditions d’un échange sécurisant et respectueux.

 « Parler arabe, ça change vraiment tout. Dans un moment où tout est chaos et peur, entendre sa langue ramène quelque chose de familier, presque rassurant » , témoigne Haya, médiatrice culturelle à bord de l’Ocean Viking.  « On voit les corps se détendre un peu, les regards changer. Les personnes osent parler, expliquer, parfois juste dire qu’elles ont peur. Cela crée un lien immédiat, plus humain, plus direct. Nous ne sommes plus seulement là pour intervenir, mais pour accueillir vraiment. »

L’arabe est également la langue utilisée par certaines autorités maritimes compétentes, notamment libyennes et tunisiennes, dans notre zone d’opérations. Bien que l’anglais soit la langue officielle de coordination des secours en mer, intégrer l’arabe dans nos échanges se révèle souvent nécessaire pour faciliter la communication avec ces interlocuteurs clés.

Elargir le cercle de la solidarité

Communiquer en arabe, c’est aussi ouvrir un dialogue avec de nouveaux publics. SOS MEDITERRANEE peut ainsi s’adresser plus directement à des partenaires, des donateurs et des relais d’engagement au Maghreb, au Moyen-Orient et dans les pays du Golfe, ainsi qu’aux diasporas arabophones à travers le monde.

Cet élargissement contribue à renforcer la mobilisation autour des opérations de recherche et de sauvetage en mer, en facilitant l’engagement de nouvelles communautés.

Dans ce cadre, certains mécanismes de solidarité propres aux sociétés musulmanes – comme la zakat, contribution destinée au soutien des plus vulnérables, ou la sadaqah, fondée sur le don volontaire – apparaissent comme des leviers pertinents, en résonance avec nos valeurs. Déployer une communication en arabe autour de ces mécanismes permet de soutenir les efforts de levée de fonds auprès de publics à la fois arabophones et de confession musulmane, au Maghreb, au Proche-Orient et au sein des diasporas.

S’appuyer sur des relais du monde arabophone

Cette ouverture s’incarne également à travers des collaborations. En juillet 2025, l’influenceur Ibn Hattuta a embarqué à bord de l’Ocean Viking pour documenter une mission de sauvetage.

Sa vidéo, visionnée plus de 3,9 millions de fois, a offert une visibilité inédite à notre mission, générant des milliers de réactions positives, dont des messages de personnes ayant elles-mêmes été secourues par nos équipes.

« Cette vidéo m’a ramené des années en arrière. Nous avons été secourus par votre navire. Aujourd’hui, je suis citoyen britannique et je veux m’engager à mon tour dans le sauvetage. » 

PAROLE DE RESCAPÉ.E

En donnant la parole à cette figure incontournable suivie par des millions d’internautes dans le monde arabe, SOS MEDITERRANEE a contribué à élargir le regard porté sur le sauvetage en mer, souvent perçu à travers un prisme occidental.

Nos réseaux sociaux arabophones (Facebook et Instagram) permettent à des personnes ayant traversé la Méditerranée au péril de leur vie de s’exprimer et de partager leurs récits dans leur propre langue. Ainsi, elles deviennent actrices de leur propre parcours et contribuent à la mission de témoignage portée par SOS MEDITERRANEE.

L’universalité des valeurs

Le devoir de porter assistance à toute personne en détresse, inscrit dans le droit maritime international, constitue le fondement de l’action de SOS MEDITERRANEE. Ce principe, aujourd’hui perçu comme universel, s’est en grande partie construit autour de la Méditerranée, au fil des échanges entre ses différentes rives.

Pendant des siècles, marins, marchands et autorités ont partagé, adapté et transmis des règles communes pour naviguer, commercer et porter secours en mer. Ces pratiques ont circulé d’une rive à l’autre, d’une langue à l’autre, dans un espace profondément interconnecté.

Dans ce contexte, la langue joue un rôle déterminant : elle permet de rendre ces principes accessibles et compréhensibles. L’arabe, qui a été l’une des grandes langues de circulation de ces savoirs et de ces échanges, s’inscrit dans cette continuité. Son usage permet aujourd’hui à SOS MEDITERRANEE de s’adresser plus directement à des publics liés à ces réalités.

En développant sa communication en arabe, l’association ne fait pas seulement un choix linguistique : elle prolonge une histoire méditerranéenne faite de liens, de circulations et de solidarités.

Crédit photo : Candida Lobes / SOS MEDITERRANEE

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