Aux origines d’une solidarité européenne en mer 
23 avril 2026

Née d’une mobilisation citoyenne franco-allemande, SOS MEDITERRANEE s’est construite en réseau européen de sauvetage en mer. Son action, portée aujourd’hui par quatre entités nationales, illustre une réponse solidaire, concrète et transnationale à une crise humanitaire qui n’a pas de frontières.

À l’origine de SOS MEDITERRANEE, en 2015, il y a une rencontre. D’un côté, une humanitaire française, profondément consciente du drame qui se joue en Méditerranée. De l’autre, un capitaine de marine marchande allemand, marqué par la tragédie des « boat people » et par l’injonction qui, un jour, lui est faite de poursuivre sa route sans leur porter secours.

De cette rencontre naît une conviction commune : face à la multiplication des naufrages, il faut agir. Ce double engagement fondateur donne naissance à un projet inédit, créer une organisation européenne de sauvetage en mer, capable d’unir des compétences, des réseaux et des ressources issus de plusieurs pays.

Alors qu’en 2015 aucun statut juridique ne permet de donner corps à cette idée, une solution pragmatique est trouvée. Créer plusieurs entités nationales, unies par une même ambition : sauver des vies en mer, protéger les personnes rescapées et témoigner des réalités en mer Méditerranée. Les premières associations voient le jour en France et en Allemagne, et posent les bases d’un fonctionnement transnational.

Des ancrages nationaux, une mission commune 

Ce modèle permet de mobiliser des ressources complémentaires. Côté français, les réseaux humanitaires sont sollicités, avec notamment le soutien initial de Médecins du Monde qui met en place l’équipe médicale à bord ; côté allemand, les contacts dans le secteur maritime facilitent la recherche d’un premier bateau de sauvetage : l’Aquarius.

Peu de temps après, au moment du lancement des premières opérations en mer en février 2016, une dynamique se crée à Palerme, où SOS MEDITERRANEE ITALIE est fondée, au plus près de la zone d’opérations. C’est en effet dans les ports « sûrs » de ce pays que sont débarquées les personnes rescapées. C’est également en Italie que sont formulées et mises en œuvre la plupart des politiques d’entrave à l’action des ONG de sauvetage en mer. Au fil des mois, SOS MEDITERRANEE renforce son ancrage européen. Une entité est créée en Suisse en 2017, portée par un réseau de bénévoles engagé.e.s qui facilitent notamment la collecte de fonds dans un pays où sont implantées de nombreuses organisations internationales.

« La force de SOS MEDITERRANEE, c’est d’être un réseau européen où chaque entité apporte ce que son ancrage lui permet. En Suisse, nous avons la chance de pouvoir conjuguer la tradition humanitaire genevoise, la capacité de mobilisation et un vivier de compétences au service d’une seule et même cause : sauver des vies en mer. » explique le directeur général de SOS MEDITERRANEE Suisse.

De la coopération à l’entrave

Les premières années à bord de l’Aquarius sont marquées par une coopération avec les garde-côtes italiens et les moyens déployés par les États européens. Les opérations reposent alors sur une coordination efficace entre acteurs publics et civils : échanges d’informations, transbordements de personnes secourues d’un navire à l’autre, optimisation des moyens en mer.

Le retrait progressif des moyens étatiques et les changements politiques modifient profondément les conditions d’intervention. Les ONG humanitaires de sauvetage en mer, autrefois perçues comme des partenaires, font face à des formes croissantes d’entrave. En dix ans, elles sont progressivement devenues la cible de critiques et cristallisent les tensions autour des politiques migratoires.

Malgré ces obstacles, SOS MEDITERRANEE poursuit son action, portée par une mobilisation citoyenne exponentielle dans les quatre pays de son réseau et par des équipes internationales et nationales engagées.

Une solidarité citoyenne à l’échelle du continent 

Chaque entité nationale contribue à faire vivre la mission par la mobilisation citoyenne, la recherche de financements, la sensibilisation du public et le plaidoyer. Cette organisation en réseau permet à SOS MEDITERRANEE de porter une voix cohérente, tout en s’appuyant sur des ancrages locaux forts.

L’association incarne cette idée de solidarité européenne en réunissant plus de 1 300 bénévoles dans 39 antennes réparties dans les quatre pays, des donateur.rice.s, des partenaires et des soutiens autour d’un engagement commun pour le secours en mer à bord de l’Ocean Viking et le refus de l’indifférence.

La Méditerranée centrale reste aujourd’hui l’une des routes migratoires les plus mortelles au monde. Face à cette réalité, l’ancrage européen de SOS MEDITERRANEE n’est pas seulement un atout opérationnel. Il est aussi un message politique et humain : celui d’une Europe citoyenne capable d’agir collectivement, au-delà des frontières politiques.

Crédit photo : Giannis Skenderoglou / SOS MEDITERRANEE

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