Un portrait

Une histoire

Moussa*

Soudan du sud

Pays d'origine

24 ANS

Âge

24/06/2022

Date de sauvetage

« J’aurais préféré mourir plutôt qu’être de nouveau intercepté. La Libye, c’est trop de souffrance. Je ne veux jamais y retourner. »

Moussa* a 24 ans, il est originaire du Sud Soudan. Secouru le 24 juin 2022 par l’Ocean Viking dans la zone de recherche et de sauvetage libyenne, il se trouvait à bord d’une embarcation impropre à la navigation, aux côtés de 14 autres personnes. Aucune ne portait de gilet de sauvetage. L’embarcation a été repérée aux jumelles depuis le pont. Moussa a été pris en charge par SOS MEDITERRANEE et la FICR pendant 12 jours, avant de pouvoir débarquer dans le port de Pozzallo, le 6 juillet. Récit de son long et périlleux voyage pour fuir la guerre au Sud Soudan.

« Je m’appelle Moussa. J’ai 24 ans. Je suis originaire du Sud Soudan. En 2014, j’ai quitté mon pays où je n’avais pas d’avenir, à cause de la guerre civile. Les gens s’entretuent. Je ne veux ni mourir, ni tuer. Je veux me respecter.  

Je suis d’abord allé à Khartoum, au Soudan, où j’ai travaillé pendant quatre ans dans la construction. Mais la vie était difficile. Je travaillais parfois pendant des jours sans être payé. Je suis ensuite allé à Tripoli, en Libye. Il m’a fallu 11 mois pour y arriver. J’ai quitté Khartoum en voiture pour Al Koufra, puis j’ai traversé le désert libyen pour atteindre Ajdabiyah. En chemin, j’ai été arrêté par la police libyenne, au milieu du désert. Ils voulaient me ramener au Soudan, mais j’ai réussi à m’échapper. Je suis retourné dans le désert, et j’ai marché pendant des jours, avec presque aucune nourriture. J’ai trouvé une voiture pour retourner à Al Koufra, mais comme je n’avais pas d’argent, les personnes ont menacé de me tuer. J’ai réussi à m’échapper de nouveau. J’ai couru aussi vite que je le pouvais car je savais que s’ils m’attrapaient, je mourrais. J’ai essayé d’aller de nouveau à Ajdabiyah. Cette fois, j’ai réussi. J’y ai travaillé pendant trois mois. Avec cet argent, j’ai pu aller à Tripoli.

J’ai essayé de fuir la Libye six fois, mais j’ai été intercepté par les garde-côtes libyens quatre fois, et envoyé en prison[1] immédiatement après. C’était un cauchemar. Lors de l’une de ces tentatives, nous étions environ 60 personnes à bord d’une petite embarcation, et les choses ont très mal tourné. L’embarcation était en mauvais état, personne n’avait de gilet de sauvetage. La météo était mauvaise, et, après quelques heures, l’embarcation a chaviré. Sept personnes sont mortes.

Photo : Anthony Jean / SOS MEDITERRANEE

Au total, j’ai passé presque deux ans de ma vie en prison en Libye. Ils me battaient. Je n’avais pas assez à manger. L’eau n’était pas potable. Chaque semaine, dans ces prisons libyennes, je voyais des gens mourir et des femmes se faire violer. J’ai encore des douleurs dans tout le corps tant ils me battaient. Ces jours en Libye ont été si difficiles. J’ai été très mal traité, juste à cause de la couleur de ma peau. Je n’étais pas traité comme un être humain. Comme je n’avais pas d’argent, je savais que je n’allais pas pouvoir quitter la prison. J’ai donc demandé à quelqu’un de m’aider et, une nuit, nous avons réussi à casser une des portes et nous enfuir.

Lors de ma dernière tentative de traversée, nous ne pouvions plus voir les côtes libyennes après une heure de navigation, et les gens dans l’embarcation ont commencé à paniquer. Ils pleuraient, priaient. Quand j’ai vu l’Ocean Viking après plusieurs heures, j’ai pensé que c’étaient encore les garde-côtes libyens. Mais quand j’ai vu que vous n’aviez pas d’uniforme, j’ai compris que j’étais en sécurité. Quand les garde-côtes libyens s’approchent de nous en mer, ils tirent en l’air pour nous faire peur. C’était la dernière fois que j’essayais de prendre la mer. J’aurais préféré mourir plutôt que d’être de nouveau intercepté. La Libye, c’est trop de souffrance. Je ne veux jamais y retourner. 

Je veux devenir musicien. J’ai vu trop de mauvaises choses, j’ai trop souffert, je veux maintenant chanter le bonheur. »

*Le prénom a été modifié pour protéger l’identité du rescapé.


[1] Il est fréquent que les rescapé.e.s détenu.e.s arbitrairement en Libye désignent comme « prison » les centres de détention

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