Un portrait

Une histoire

Mohamad Anis

Bangladesh

Pays d'origine

23 ANS

Âge

26/10/2023

Date de sauvetage

« Nous sommes restés trois jours en mer avant que vous ne nous sauviez. Au total, la traversée m’a coûté 24 000 $ US, ainsi que de nombreux actes de torture. » 
Dans la soirée du 26 octobre 2023, l’Ocean Viking a secouru 18 personnes terrifiées et épuisées d’une petite barque en fibre de verre qui se trouvait en panne et dérivait en mer depuis trois jours. Attendant des secours depuis près de 24 heures, elle était abritée de la houle le long d’un immense tanker, tenue par un simple cordage. Mohamad Anis était parmi les personnes rescapées. Il raconte son périple depuis le Bangladesh.  

 

En Libye, tout ce que trouvent les Bangladais, c’est la torture. Les trafiquants d’êtres humains nous extorquent beaucoup d’argent.   

J’ai quitté le Bangladesh en juillet 2022. J’ai d’abord eu un contact avec « un agent »* qui m’a demandé de payer 10 000 $ US pour le voyage du Bangladesh à l’Italie. Mais lorsque je suis arrivé en Libye, à Benghazi, il a fait pression sur moi pour obtenir plus d’argent. J’ai été mis en prison** et torturé. Cet « agent » m’a vendu à un Libyen, qui m’a acheté pour 500 $ US. Pour sortir de prison, il m’a forcé à payer 1 500 $ US additionnels. Comme je n’avais plus d’argent, j’ai dû vendre ce qui restait de ma terre au Bangladesh.  

J’ai alors été libéré mais je ne pouvais pas quitter la Libye car je n’avais pas d’argent pour payer la traversée. J’ai trouvé du travail comme agent d’entretien dans un hôpital, où je suis resté deux mois. Après le premier mois, j’ai demandé mon salaire, mais je n’ai pas été payé. À la fin du deuxième mois, je suis allé réclamer mon salaire à l’administration de l’hôpital. Mais au lieu de me payer, ils ont commencé à me torturer. Lorsque j’ai été libéré, j’ai quitté le travail, sans rien.  

J’ai trouvé un logement à louer, mais c’était un piège et le propriétaire m’a envoyé en prison. On m’a demandé une rançon pour sortir de cet endroit, mais je ne pouvais pas payer. Un Libyen m’a acheté pour 1 000 $ US et m’a fait sortir de prison et on m’a de nouveau demandé de rembourser 4 000 $ US. J’ai dû contracter un prêt auprès d’une ONG appelée « BRAC » pour payer cette somme, car je n’avais plus de terres à vendre. J’ai ensuite été emmené au « camp d’Arbi ». Lorsque j’ai demandé quand j’irais en Italie, pour toute réponse, j’ai été torturé. Après un certain temps, ils m’ont expulsé du camp. 

J’ai trouvé un autre logement à louer et je suis resté six mois de plus à Benghazi. J’ai pris contact avec un autre « agent » que quelqu’un m’avait recommandé, qui m’a encore demandé 7 000$ US pour la traversée vers l’Italie. Pour payer cette somme, mon père et ma mère ont vendu leur terrain au Bangladesh, c’était la dernière propriété qui nous restait. J’ai attendu un mois avant qu’il ne m’appelle pour me dire que nous allions partir. J’étais avec trois de mes amis qui sont ici, nous avons fait le voyage ensemble sur une petite embarcation. Nous sommes restés trois jours en mer avant que vous ne nous sauviez. Au total, la traversée m’a coûté 24 000 $ US, ainsi que de nombreux actes de torture.  

Lire le récapitulatif de la mission d’octobre 2023 

 

*Il a d’abord parlé d’un « agent » (passeur) au Bangladesh, puis d’un  « agent » bangladais servant d’intermédiaire en Libye.  

* Le terme « prison » est utilisé indistinctement par les personnes rescapées en référence à des centres de détention officiels ou clandestins, y compris des entrepôts détenus par les passeurs. 

 

Crédit Photo : Giannis Skenderoglou / SOS MEDITERRANEE 

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