Prêts pour les sauvetages
9 mai 2016

Depuis la fin avril, une toute nouvelle équipe a rejoint l’Aquarius et les quelques « anciens » qui sont restés à bord. Les français Antoine Lefebvre et Antoine Laurent, officiers de marine marchande, et les allemands Dirk Junkmann, pompier, et Gregor Katzer, grimpeur industriel, ont hâte de participer aux prochaines opérations de sauvetage. Alors pendant que l’Aquarius est en route vers sa zone opérationnelle, les journées s’égrènent au rythme des briefings, des préparations et des entrainements. 

Pour les sauveteurs de l’équipe Search and Rescue (SAR) de SOS MEDITERRANEE autant que pour l’équipe médicale de Médecins Sans Frontières-Hollande (MSF) qui vient tout juste de prendre la relève de Médecins du Monde, il est essentiel de gagner du temps pour s’entraîner et se tenir prêt. Pendant l’un des briefings destinés à préparer l’équipe du SAR aux situations auxquelles elle pourrait faire face, Mathias Menge, le coordinateur, souligne la nature toujours imprévisible et incertaine de ce genre d’intervention : « Nous ne pouvons jamais savoir à l’avance quelle situation nous allons rencontrer », d’où la nécessité d’évaluer rapidement et de prendre des décisions immédiates quand « nous devons sauver des vies dans des contraintes de temps extrêmes ». Mathias dessine des croquis sur le tableau pour expliquer comment doivent se positionner les canots de sauvetage auprès du canot des rescapés, et il donne toutes sortes d’instructions et de conseils aux sauveteurs : « C’est préférable de ne pas lancer les gilets de sauvetage mais de les distribuer un par un à chaque personne. Retirez immédiatement toute personne sur le point de se jeter à l’eau »… Mathias décrit aussi la structure des canots pneumatiques des migrants et leur extrême fragilité. « Ce n’est qu’en cas de conditions climatiques parfaites et si l’état du canot pneumatique et des rescapés est stable que nous pourrons le remorquer jusqu’à l’Aquarius, autrement il est plus sûr de transporter tous les rescapés dans notre canot même s’il faut faire plusieurs rotations. »

L’équipe MSF qui a également participé au briefing du SAR, présente elle aussi son travail à l’ensemble des équipes. Le Dr. Erna Rijnierse explique le plan de préparation de MSF sur l’Aquarius. « Nous mettons davantage l’accent sur le soin que sur le traitement », car souvent les rescapés ne restent à bord que quelques heures avant d’être débarqués ou transbordés. « Pour cette rotation de trois semaines, nous avons prévu un stock qui nous permettra de prendre soin de 1000 personnes » précise Voitek Asztabski, Chef de Mission de MSF. Chaque rescapé recevra de l’eau, de la nourriture, une couverture, une serviette, des chaussettes et parfois des vêtements. Beaucoup arrivent trempés jusqu’aux os et parfois même complètement nus, alors ils ont urgemment besoin de se couvrir et de se réchauffer. Les infirmiers de MSF ont commencé à trier les vêtements provenant de donations qui remplissent des caisses entières, mais comme souvent, les vêtements d’hommes viennent à manquer. Parallèlement, la clinique et les stocks de médicaments sont prêts pour soigner les malades et les blessés. « Les cas les plus courants que nous observons sont les affections dermatologiques, les brûlures dues à l’essence, ainsi que des personnes ayant subi des abus physiques », souligne le Dr. Erna qui a aussi une expérience de six semaines à bord du « Phoenix », l’un des navires de sauvetage précédemment affrété par MSF.

En plus des exercices de sauvetage où l’équipe du SAR s’entraîne notamment à secourir une personne tombée à la mer – avec un mannequin en tissu pesant 70 kg qu’il faut retirer de l’eau à l’aide d’un filet, celle-ci a aussi bénéficié d’une formation aux soins immédiats en réanimation menée par MSF. Elle a pour but de les familiariser ou de rafraîchir leur mémoire quant à la réanimation de victimes souffrant par exemple d’hypothermie : vérifier le pouls et la respiration, faire les compressions thoraciques, sachant que dans le canot de sauvetage le scénario le plus probable est la réanimation par bouche à bouche. Et pour finir, le sauveteur Dirk, qui est également auxiliaire médical, s’est joint au Dr. Erna pour animer une formation de base sur l’immobilisation d’une victime souffrant de lésion vertébrale ou cervicale. A tour de rôle, sauveteurs et équipe médicale se sont mis dans la peau de la victime ou ont participé à immobiliser son corps et son cou sur la planche dorsale en l’attachant avec les lanières et la transportant. Tout le monde était très concentré mais ce genre d’exercice est aussi un bon moment de divertissement.

par Nagham Awada

Crédits Photo : Giorgos Moutafis

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