Le 8ème départ : aller de l’avant pour sauver plus de vies
27 juillet 2016

Après quatre jours d’escale en Sicile, l’Aquarius est reparti ce mardi 26 juillet pour entamer sa 8ème rotation de 3 semaines, avec à son bord 31 personnes de 14 nationalités différentes : équipage, sauveteurs, équipe médicale et journalistes. Avant le départ, alors que les matelots s’apprêtent à lever la passerelle, toute l’équipe s’est spontanément rassemblée sur le pont arrière : les bras s’agitent et les plaisanteries fusent en faisant les adieux à ceux qui restent à quai, comme le Dr Erna de MSF qui nous a accompagnés pendant 12 semaines et vécu avec nous le meilleur, la naissance du petit Alex Destiné, comme le pire : les 22 personnes retrouvées noyées au fond d’un canot par l’équipe Search and Rescue (SAR) le 20 juillet dernier.

Pour ceux comme Mathias, James, Bertrand et Tom qui ont participé à ce sauvetage tragique et vécu ces moments douloureux, il est temps d’aller de l’avant et d’exorciser ces images encore trop présentes. Ils ont profité des quatre jours à terre pour retrouver leurs esprits, recevoir un soutien psychologique et décompresser. Une pause régénératrice qui leur a aussi donné l’occasion de rencontrer les nouveaux venus de l’équipe SAR : Ani, Luis, Sebastian et Baptiste viennent d’Espagne, d’Allemagne et de France. Sauveteuse, ambulanciers, marin, ils ont entre 21 et 31 ans et déjà, une forte cohésion de groupe s’est créée entre eux et les « anciens » pendant ces quelques jours passés à terre. « Nous avons les mêmes caractères et j’ai hâte de travailler avec eux » déclare Tom, 19 ans, qui a déjà participé à quatre sauvetages. « Bien sûr j’ai ressenti le besoin de parler avec eux de l’expérience du sauvetage tragique, et eux aussi ressentaient le besoin d’en parler avec nous », confie Bertrand, dont le regard se perd au loin quand lui reviennent en pensée les images des sacs mortuaires qu’il a participé à débarquer. « Ce n’est que depuis dimanche que nous avons retrouvé nos sourires », dit-il. Mais il sait qu’il pourra aussi compter sur le soutien de l’équipe. « Après le sauvetage, nous prenions soin les uns des autres. Chacun demandait à l’autre : est-ce que tu vas bien ? Tu es sûr que tu vas bien ? » Et même s’ils n’ont pas partagé cette expérience, les « nouveaux » se sentent très impliqués. « Sebastian m’a assuré qu’ils allaient nous épauler et nous soutenir ».

A peine le port de Trapani a-t-il disparu à l’horizon, qu’une dernière petite commémoration marque le début de ce nouveau départ. Rassemblés en cercle sur le pont avant du navire, à l’endroit même où reposaient il y a quelques jours les corps sans vie de 21 femmes et d’un homme, les équipes au complet de SOS MEDITERRANEE et MSF, mais aussi matelots et journalistes, rendent un dernier hommage silencieux à ceux qui ont rêvé à un avenir meilleur mais ne verront jamais l’Europe.

Pendant ce temps, l’Aquarius continue sa route vers la zone de sauvetage. Plus que jamais, il nous faut être là pour sauver des vies.

Par Nagham Awada

Crédits Photos : Isabelle Serro

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