DÉCRYPTAGE : Retour sur les dates clés du sauvetage en mer
11 juillet 2022

Longtemps, la mort en mer a été considérée comme une fatalité. En conséquence, le sauvetage n’apparaissait pas comme une nécessité. Cela n’a pas empêché, occasionnellement, des actes solidaires et courageux d’hommes et de femmes de mer, mais le mot même n’est apparu qu’à la fin du XVIIIe siècle et c’est seulement au cours du XIXe siècle, d’abord en Angleterre, puis de l’autre côté de la Manche, que le sauvetage commence à s’organiser avec ses canots, ses bénévoles, ses stations de surveillance et ses sociétés de secours.

1790

Le premier canot de sauvetage, baptisé l’Original, est construit en Angleterre. Treize ans plus tard, les côtes anglaises et irlandaises comptabilisent une trentaine d’embarcations entièrement dédiées au sauvetage.

1824

La Royal National Lifeboat Institution (RNLI), institution caritative pour le sauvetage des personnes en danger en mer, est opérationnelle dans les eaux des îles britanniques.

1833

La première Société humaine des naufragés est créée à Boulogne-sur-Mer, sur le modèle anglais, suite au naufrage de l’Amphitrite qui a profondément marqué l’opinion publique.

1865

L’État français crée la Société centrale de sauvetage des naufragés. Parallèlement une seconde société est fondée en 1873 : les Hospitaliers sauveteurs bretons. Pendant près d’un siècle, elles porteront à bout de bras le sauvetage en mer, sur la base du volontariat et de faibles moyens. Elles fusionneront en 1967, à la demande des pouvoirs publics, pour donner naissance à la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM).

1912

Un opérateur radio anglais invente le terme de Mayday pour remplacer le SOS prononcé lors du naufrage du Titanic qui avait fait 1 513 victimes. C’est une transcription phonétique de la phrase française « venez m’aider » qui peut être comprise des deux côtés de la Manche. Prononcé trois fois lorsqu’un navire est en détresse, le Mayday est utilisé aujourd’hui sur toutes les mers du globe.

Ainsi, le sauvetage est avant tout une construction humaine, sociale et morale. Mais le XXe siècle voit s’élever tout un édifice de conventions internationales régissant les obligations de secours en mer.

1914

La première convention relative à la sécurité des navires en mer naît suite au drame du Titanic en 1912. Mais le déclenchement de la première guerre mondiale n’a pas permis son entrée en vigueur.

1974

La convention internationale pour la sauvegarde de la vie en mer (SOLAS) [1] impose d’importantes obligations aux États en matière de recherche et de sauvetage. Ces derniers s’engagent notamment à veiller sur les côtes et à fournir les renseignements concernant les moyens de sauvetage dont ils disposent. Elle est ratifiée par la France le 21 décembre 1979.

1979

La convention sur la recherche et le sauvetage maritime, dite convention de Hambourg, est adoptée pour permettre une coopération et une coordination de l’action des États en matière de secours en mer ainsi que pour « favoriser la coopération entre les organisations de recherche et de sauvetage du monde entier et entre tous ceux qui participent à des opérations de recherche et de sauvetage en mer ». Les amendements de 2004 à son Annexe consacrent une obligation de débarquement en lieu sûr. Les États qui adhèrent à la convention acceptent de définir un espace géographique de recherche et de sauvetage appelé zone SAR [2] et de mettre en place un ou plusieurs Centres de Coordination et de Sauvetage dits RCC. [3] Elle est ratifiée par la France le 9 avril 1980.

1982

La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), dite convention de Montego Bay, définit et délimite les espaces maritimes, les droits et les obligations des États sur lesdits espaces. En vertu de l’article 98 de la convention, il incombe à tout navire l’obligation de « prêter assistance à quiconque est retrouvé en péril en mer« , sauf dans le cas où le fait de porter assistance entraîne un risque grave pour son équipage, ses passagers et le navire. La CNUDM est ratifiée par la France le 11 avril 1996.

2014

Le Règlement de l’Union européenne n° 656/2014 oblige les 27 États membres à secourir les personnes en détresse quels que soient leur statut ou leur nationalité, conformément au droit international.

Malgré la qualité de ces dispositifs, les naufrages se succèdent en Méditerranée sur la route migratoire la plus mortelle au monde. Selon l’Organisation Internationale des Migrations (OIM), depuis 2014, plus de 24 000 personnes y ont péri noyées, faute de secours. L’opération de sauvetage d’envergure Mare Nostrum, lancée par la marine italienne en octobre 2013 suite au drame de Lampedusa [4], est critiquée par l’Union européenne et arrêtée l’année suivante, en dépit de son utilité [5].

Aujourd’hui, l’absence de moyens étatiques spécifiquement dédiés à la recherche et au sauvetage des embarcations en détresse, le défaut de coopération et de coordination en haute mer, la criminalisation des navires civils portant secours aux migrants naufragés, déstabilisent les principes que l’on croyait acquis et semblent indiquer que la formidable construction humaine, sociale et morale du sauvetage en mer est, malheureusement, une entreprise bien plus fragile qu’on ne le pensait.

Pour aller plus loin : lire l’interview de François Thomas : « Coordination des secours en Méditerranée centrale : un constat d’échec »


[1]  Safety of Life at Sea
[2] Search and Rescue
[3] Rescue and Coordination Center
[4] Naufrage d’un chalutier au large de Lampedusa le 3 octobre 2013. Il transportait plus de 500 personnes, 366 meurent noyées.
[5] 150 000 personnes secourues en moins d’un an

Crédits photo : Anthony Jean /SOS MEDITERRANEE

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