Samuel a dû quitter le Nigeria lorsque sa vie a été menacée par des soldats nigérians qui ont incendié sa maison et tué ses parents. Avec sa femme Patience, ils ont été attirés dans le désert, en Libye. Après avoir été séparés et exploités, ils se sont retrouvés. Patience est tombée enceinte, mais n’a eu d’autre choix que d’accoucher seule, faute d’accès à un hôpital en Libye.
[Samuel] « Nous avons trois enfants au Nigeria. Je viens du Biafra. Le Biafra se trouve au Nigeria et veut se séparer du pays. C’est comme ça que les problèmes ont commencé.
Les soldats nigérians, ont commencé à nous attaquer. J’ai perdu mes parents pendant ces attaques. Ils ont brûlé notre maison. Le feu a brûlé certaines parties de mon corps. Nous sommes restés plusieurs mois sans toit au-dessus de nos têtes. Je veux que la paix revienne dans ce pays. Il n’y a rien de mieux que son pays natal. La vie y était douce. »
Une personne leur a promis la sécurité et du travail en Libye. Mais il s’agissait d’une escroquerie. La réalité était toute autre.
[Samuel] « Le voyage n’est pas facile. J’ai perdu l’un de mes amis. La Libye… Ce n’est pas un pays où l’on peut rester. On y risque sa vie. On a une chance sur deux, soit on s’en sort, soit on meurt.
[Patience] La Libye est un lieu de souffrance. Toute personne qui entre en Libye finira par vivre comme une esclave.
[Samuel] Et pendant ce voyage, une fois que l’on a franchi la frontière du Nigeria, on ne peut plus faire demi-tour.
[Patience] On ne peut pas revenir en arrière. On doit risquer sa vie, une fois pour toutes.
[Samuel] La traversée a été très difficile. Nous avons passé deux jours sur l’embarcation. Les vagues étaient énormes.Je pleurais. Je ne pleurais pas parce que j’avais peur de mourir, mais parce que j’avais peur pour mon bébé.
[Patience] Mon bébé était faible. Tout le monde était épuisé. Nous n’avions rien mangé depuis deux jours. Nous n’avions ni nourriture ni eau. Si nous avions continué à naviguer, tout le monde serait mort. »
En pleine tempête et à court de carburant, ils ont aperçu une lumière : une plateforme offshore. Leur seule chance d’échapper à la mer.
[Patience] « Les gens se précipitaient. Tout le monde essayait de sauver sa vie. Les vagues étaient très fortes. Même lorsque nous dormions, tout tremblait autour de nous.
[Samuel] Nous avons dormi là-bas pendant cinq jours. Le froid…
[Patience] Il faisait terriblement froid.
[Samuel] Je pleurais, je pleurais tellement j’avais froid. Pourquoi ? Quel genre de voyage est-ce donc ? »
En Libye, Patience est tombée enceinte. Mais les hôpitaux libyens ont refusé de la prendre en charge en raison de la couleur de sa peau. Elle a accouché seule.
[Patience] « Les contractions ont commencé le matin, lorsque j’ai perdu les eaux. Je ne savais pas si j’allais mourir ou perdre mon bébé pendant l’accouchement. Nous sommes allés dans trois hôpitaux, mais aucun n’a accepté de nous prendre en charge.
[Samuel] Ils sont tellement racistes. À cause de notre couleur de peau… Je ne comprends pas. C’est parce que nous ne sommes pas blancs.
[Patience] Mon bébé était en train de sortir. Je devais pousser, parce que sinon, j’aurais pu le perdre. J’ai accouché…
[Samuel] …dans la voiture.
[Patience] J’ai accouché toute seule. Mon mari était à l’avant avec le conducteur. Moi, j’étais seule à l’arrière. J’ai donc mis mon bébé au monde. J’ai dit à mon mari : « Le bébé est sorti ! » Ils étaient très surpris ! Lorsqu’ils ont entendu le bébé pleurer, ils ont demandé : « Quand ? Comment ? »
Ce n’est pas la première fois que des mères accouchent seules après s’être vu refuser l’accès aux soins. Personne ne devrait avoir à accoucher, ni à venir au monde, dans de telles circonstances.
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Crédit photo : Ville Maali / SOS MEDITERRANEE
*Les noms ont été modifiés pour protéger l’identité des rescapé.es.



