Qamar* a 24 ans. Il est originaire du Darfour, au Soudan. En 2023, une guerre civile a éclaté dans le pays, opposant l’armée gouvernementale aux Forces de soutien rapide, un groupe paramilitaire connu pour enrôler les jeunes hommes de force, tuer les civils et utiliser la famine et le viol comme armes de guerre. Selon l’ONU, les massacres de masse commis au Soudan présentent des caractéristiques pouvant relever d’un génocide.
Qamar est originaire de la campagne de Nyala. Lorsque la guerre a éclaté en 2023, il étudiait la sociologie et l’économie à Khartoum, la capitale. Il a alors décidé d’interrompre ses études pour se rapprocher de sa famille.
« Je suis le deuxième fils d’une famille soudanaise de 11 enfants. J’ai senti que je devais partir pour pouvoir les aider. »
Il a pris la route vers la Libye à bord de voitures bondées, et a traversé le désert pendant plusieurs jours. À un moment du trajet, le groupe a perdu le véhicule qui transportait la nourriture et l’eau. Ce n’est que par chance qu’ils ont trouvé une autre voiture dans le désert, dont les passagers leur ont donné de quoi survivre.
Arrivé en Libye, Qamar a travaillé pendant un an comme plombier dans le sud du pays, à Al Kufra, afin de réunir assez d’argent pour poursuivre son parcours. Il a ensuite réussi à rejoindre Tripoli.
« Je voulais envoyer de l’argent à ma famille, tout en économisant pour tenter de rejoindre l’Europe, parce que la Libye n’est pas sûre du tout. »
Après quelque temps, il a réuni la somme nécessaire pour payer la traversée à bord d’une embarcation pneumatique. Ils n’avaient qu’un peu d’eau, quelques jerricans d’essence et à peine de quoi survivre.
Au bout d’une journée en mer, le moteur s’est arrêté et l’embarcation s’est mise à dériver au milieu de fortes vagues.
« Quand nous avons aperçu une lumière dans l’obscurité, nous avons essayé de faire redémarrer le moteur. Il a fonctionné un moment, alors nous nous sommes dirigés vers cette lumière. Nous ne savions pas s’il s’agissait des garde-côtes libyens ou d’un autre bateau capable de nous secourir. Nous avions très peur, mais à ce moment-là, c’était ça ou la mort. Quand nous avons compris qu’il s’agissait d’un navire de sauvetage, nous étions tellement heureux que cela nous a fait oublier tout ce que nous avions traversé. »
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Crédit photo : Ville Maali / SOS MEDITERRANEE
*Le nom a été modifié pour protéger l’identité du rescapé



