Un portrait

Une histoire

Farhan*

Bangladesh

Pays d'origine

17 ANS

Âge

12/05/2026

Date de sauvetage

Farhan*, 17 ans, est originaire du Bangladesh. Il a été secouru par les équipes de l’Ocean Viking en mai 2026, après avoir passé cinq jours et quatre nuits en mer. 

 

« J’ai quitté le Bangladesh parce que la situation politique ne me permettait plus d’y rester. Après le départ du pouvoir de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, tout a changé très rapidement. Ma famille l’avait toujours soutenue, en particulier mon père. Je ne me considère pas comme quelqu’un de particulièrement politisé, même si j’ai parfois participé à des manifestations. Mais la politique a des conséquences sur nos vies, qu’on le veuille ou non. 

La police ne se contentait pas d’arrêter des personnes lors des manifestations, elle se rendait aussi chez elles la nuit, menaçait leurs familles et les emmenait. Beaucoup de mes ami.e.s sont aujourd’hui en prison.  

Je me suis d’abord caché dans une autre ville. Pendant plusieurs semaines, je suis allé d’un endroit à l’autre, mais je savais que cette situation ne pouvait pas durer. Je ne pouvais pas travailler ni voir ma famille. Personne ne veut quitter son pays, sa famille et son foyer, mais j’ai été obligé de le faire. J’avais le sentiment de ne pas avoir d’autre choix. 

Il m’a fallu environ une semaine pour rejoindre la Libye. J’y ai ensuite passé neuf mois. L’intermédiaire qui avait organisé mon voyage nous a abandonné.e.s dans une situation terrible. J’ai été retenu dans une maison avec d’autres personnes, où l’on nous donnait très peu à manger et où nous étions maltraité.e.s. Nous étions souvent frappé.e.s. 

Je suis finalement monté à bord d’une petite embarcation pour tenter de rejoindre l’Italie. Nous étions 75 à bord, bien plus que ce qu’elle pouvait transporter en toute sécurité. Nous étions entassé.e.s les un.e.s contre les autres, nos corps serrés, entourés de bidons de carburant et d’eau. L’odeur était insupportable. Il n’y avait pas assez de place pour s’asseoir correctement, ni même pour bouger les jambes. 

En mer, j’ai ressenti une peur comme je n’en avais jamais connu auparavant. J’ai beaucoup pleuré, et je n’ai pas honte de le dire. À un moment, je me suis couvert la tête avec une serviette et j’ai regardé mes pieds, parce que je n’arrivais pas à regarder ce qu’il y avait autour, surtout la nuit. 

Dans l’obscurité, tout ce que l’on pouvait voir, c’était de l’eau, et elle semblait ne jamais finir. Je n’arrêtais pas de penser que s’il arrivait quelque chose, personne ne pourrait rien faire. Alors je suis resté immobile et j’ai attendu. 

Avant de quitter le Bangladesh, je n’avais aucune idée de la dangerosité du voyage. Personne ne vous dit la vérité avant votre départ. J’ai risqué ma vie simplement pour traverser, et je ne retournerai jamais en mer. »

 

Lire le récapitulatif de cette opération de sauvetage 

Crédit photo : Marie Tihon / SOS MEDITERRANEE 

*Le prénom a été modifié pour protéger l’identité du rescapé 

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