Psychologue de formation, Ludmilla Falala a rejoint le Fonds L’Oréal pour les Femmes en 2025, après huit ans au sein des ressources humaines du Groupe L’Oréal. Ce fonds de dotation philanthropique soutient notamment SOS MEDITERRANEE dans l’accompagnement des femmes rescapées à bord de l’Ocean Viking. Elle explique les raisons de cet engagement et ce que signifie prendre en compte les vulnérabilités spécifiques des femmes dans un parcours d’exil.
Pouvez-vous nous présenter le Fonds L’Oréal pour les Femmes ?
Lancé en 2020, le Fonds a pour mission de soutenir les femmes et les filles en situation de grande vulnérabilité à travers le monde, en œuvrant pour l’égalité de genre. Son action s’articule autour de quatre piliers prioritaires : la lutte contre les violences basées sur le genre, l’accès à l’éducation, l’accès aux droits et à la santé sexuelle et reproductive, ainsi que l’autonomisation économique.
Le Fonds apporte un soutien financier à SOS MEDITERRANEE pour l’accompagnement des femmes rescapées à bord. En quoi ce partenariat fait-il écho à vos engagements ?
Ce partenariat résonne entièrement avec notre mission : aller là où la vulnérabilité des femmes est extrême, où leur intégrité et leur survie sont menacées et où le soutien devient indispensable. En secourant des vies en mer, SOS MEDITERRANEE prend en charge des femmes qui ont souvent fui des violences extrêmes et chez qui le parcours migratoire a pu engendrer de nombreux traumatismes, psychologiques comme physiques. À bord, les équipes recréent un espace d’accueil, de sécurité et de soin – un espace dont ces femmes ont parfois été privées pendant très longtemps. Soutenir cet accompagnement médical, psychologique et hygiénique fait directement écho à nos engagements en matière de lutte contre les violences et pour les droits et l’accès à la santé sexuelle et reproductive.
Les femmes sont souvent invisibilisées dans les trajectoires migratoires, alors qu’elles sont exposées à des vulnérabilités spécifiques. Pourquoi est-il essentiel d’adapter la prise en charge lors des opérations de sauvetage ?
Les spécificités de genre doivent être prises en compte dans toute situation : elles sont le socle d’une prise en charge adaptée. Dans le parcours migratoire, le corps des femmes peut être utilisé comme une arme ou comme une monnaie d’échange – ce qui les expose à des violences sexuelles.
Tenir compte de cette réalité permet, lors d’un sauvetage, de préserver l’humanité, l’intimité et la singularité des femmes et de leur montrer que leurs besoins spécifiques sont respectés, là où ils ont pu être déniés et bafoués. Offrir un espace d’accueil non mixte et sécurisé, avec des sages-femmes en mesure de prodiguer des soins gynécologiques d’urgence et de distribuer des kits d’hygiène adaptés, répond très concrètement à cette problématique.
Le Fonds L’Oréal pour les Femmes bénéficie d’une forte visibilité. Quel rôle les acteurs économiques peuvent-ils, selon vous, jouer face aux crises humanitaires ?
Dans le contexte mondial et humanitaire actuel, nous avons toutes et tous une responsabilité sociétale. Les entreprises disposent de ressources financières, de réseaux internationaux, de moyens logistiques, ainsi que d’une visibilité et d’une puissance de communication qui, à travers les fondations et les fonds de dotation, peuvent être mis au service de l’intérêt général – au-delà de ce que l’entreprise peut faire seule.
Le rôle du Fonds L’Oréal pour les Femmes, est double : soutenir, par des dons aussi pérennes et flexibles que possible, les expertes et experts de terrain, pour leur donner les moyens d’agir dans la durée, et utiliser notre visibilité pour sensibiliser aux sujets qui sont au cœur de notre mission. S’engager aux côtés des acteurs humanitaires, c’est contribuer à construire un monde plus juste, plus sûr et plus résilient – un monde plus humaniste.

Crédit photo : Javier Alvarez / SOS MEDITERRANEE

