Lam Magok, militant sud-soudanais travaillant pour Refugees in Libya, donne un aperçu des activités menées par l’association pour la protection des personnes en exil, la documentation des abus et le plaidoyer. Après avoir passé cinq ans en Libye et subi de nombreuses épreuves, dont plusieurs mois dans les prisons libyennes, il nous offre un témoignage direct de la réalité dans ce pays.
Pouvez-vous présenter Refugees in Libya et son historique ?
Refugees in Libya est né à une période extrêmement difficile. Le 1er octobre 2021, la police et les milices libyennes ont fait irruption dans un quartier de Tripoli nommé Gargarish. Elles ont arrêté des milliers de personne en exil – femmes, enfants et hommes – et les ont emprisonnées.
Celles qui avaient échappé aux arrestations se sont regroupées et ont décidé de se rendre devant le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), afin de demander une protection et le respect de leurs droits, en tant que personnes en exil, mais aussi en tant qu’êtres humains. C’est ce jour-là que Refugees in Libya a été créée.
Depuis, celles et ceux qui sont arrivé.e.s en Europe continuent d’agir avec les mêmes revendications et le même slogan, dans le but de sensibiliser l’opinion publique aux violations des droits humains en Afrique du Nord, et plus particulièrement en Libye.
Comment fonctionne l’association ?
En collaboration avec d’autres organisations qui nous soutiennent, nous militons pour la sécurité des personnes en exil. En parallèle, nous nous efforçons de mettre en lumière et de dénoncer les politiques migratoires telles que les accords entre l’Italie et la Libye. En effet, l’Union européenne et ses États membres tentent de bloquer l’accès à la mer et de fermer les frontières, privant ainsi ces personnes de leur droit à la sécurité.
Nous avons aussi mis en place une “hotline” (ligne d’assistance téléphonique). Une personne peut ainsi nous contacter lorsqu’elle arrive en Libye pour savoir où se trouvent les bureaux du HCR et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Même si les personnes en exil ne trouvent pas toujours de l’aide sur place, il est quand même important qu’elles s’y rendent pour en demander. Nous leur indiquons où les trouver et leur fournissons des informations et des numéros utiles.
Nous sommes désormais basés en Italie. Comme nous défendons la sécurité et la vie des personnes exilées, nous sommes en contact avec celles et ceux qui se trouvent en Libye. Ils peuvent nous contacter lorsqu’un incident survient, et nous essayons de les aider.
Nous organisons également des événements pour sensibiliser le public et collecter des fonds. Nous essayons aussi d’aider les personnes qui ont besoin de médicaments ou qui doivent être soignées dans des hôpitaux libyens.
L’organisation est-elle en contact avec les autorités libyennes ?
Non, pas avec les autorités. Mais avec des personnes exilées sur le terrain, et avec des Libyens qui soutiennent notre action. Ils essaient parfois de nous aider, par exemple lorsque des personnes se trouvent bloquées dans le désert.
Quelles tendances se dégagent concernant la situation des personnes exilées en Libye ?
Dans des situations de crises, telles que la guerre au Soudan, de nombreuses personnes arrivant en Libye courent le risque d’être placées en détention et d’être victimes de violences. Depuis des années, elles subissent des violations des droits humains, perpétrées par des criminels qui ne sont pas tenus de rendre des comptes.
Cet état de fait perdure en raison de l’inaction de l’OIM et du HCR. Pendant ce temps, l’Union européenne et ses États membres se contentent de conclure des accords avec les pays d’Afrique du Nord pour bloquer l’accès par la mer, en refoulant les migrants en mer ou dans le désert.
Nous continuerons d’assister à des violations des droits humains dans les mois et les années à venir si l’UE et les autres institutions ne prennent aucune mesure pour mettre fin à cette réalité dramatique.
Que pensez-vous des “retours humanitaires volontaires” organisés par le HCR ?
Si des personnes vivent à Tripoli, qu’elles ont accès à l’asile et à une protection juridique, et que vous leur demandez si elles souhaitent retourner dans leur pays, elles refuseront. Elles refuseront parce qu’elles viennent tout juste de quitter leur pays en raison de la guerre, de l’instabilité politique ou d’un autre motif.
Mais si vous allez les voir en centre de détention et que vous leur demandez si elles souhaitent retourner dans leur pays, elles n’auront d’autre choix que d’“accepter”. Ce n’est pas un choix volontaire. C’est tout simplement le seul moyen de sortir des centres de détention libyens et d’échapper à la violence qui y règne.
Quelles sont les revendications de Refugees in Libya ?
Nous appelons à la fin des détentions, nous demandons des évacuations, l’octroi de l’asile et une protection juridique pour les personnes en exil.
Nous appelons la Libye à ratifier la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés.
Parallèlement, nous demandons que les criminels qui commettent des violations des droits humains soient tenus de rendre des comptes.
Nous demandons également que soient modifiées les politiques migratoires de l’UE et de la Libye qui ferment les frontières et restreignent les voies légales d’accès à l’asile.
Enfin, nous appelons le HCR et l’OIM à agir davantage pour garantir à chacun.e l’accès à un hébergement, à de la nourriture et à des soins médicaux.
Ce sont nos seules revendications.
Crédit photo : Max Cavallari / SOS MEDITERRANEE


