Samedi 20 juin, à l’occasion de la Journée mondiale des réfugié.e.s, le Mucem a accueilli une après-midi et une soirée de rencontres, de cinéma et de musique organisées par SOS MEDITERRANEE. Dix ans après le début de ses opérations de sauvetage, l’association a réuni à Marseille bénévoles, soutiens, chercheurs, artistes, et grand public pour revenir sur une décennie d’opérations de sauvetage en Méditerranée et interroger les défis à venir.
Dix ans de sauvetage citoyen au cœur des débats
L’après-midi s’est ouverte par une table ronde dans l’auditorium du Mucem, consacrée à dix années de sauvetage en Méditerranée centrale. Aux côtés de Sophie Beau, cofondatrice et directrice générale de SOS MEDITERRANEE, les intervenant.e.s. Anne Kamel, médecin humanitaire, Moussa Camara, président de l’association Guinée à Marseille et rescapé de la traversée, Claude Calame, anthropologue et directeur d’études à l’EHESS, et le politologue et chercheur François Gemenne, ont échangé sur l’évolution de la situation en Méditerranée et sur les obstacles rencontrés par les acteurs du sauvetage en mer.
« Nous étions loin d’imaginer que nous serions là dix ans plus tard », a rappelé Sophie Beau. Au fil des interventions, un constat s’est imposé : la catastrophe humanitaire qui se joue aux frontières de l’Europe n’a rien d’inéluctable. Derrière les naufrages, les disparitions et les drames humains se trouvent aussi des choix politiques qui continuent de façonner la réalité de la Méditerranée centrale.
Le témoignage de Moussa Camara a rappelé ce qui se cache derrière les statistiques des traversées : « J’étais prêt à accepter de mourir, je n’avais plus aucun espoir de vie. » À travers ses mots, c’est toute la complexité des parcours d’exil qui est apparue, loin des caricatures et des simplifications qui dominent parfois le débat public.
Dans un contexte où la solidarité est remise en cause, François Gemenne a mis en garde contre la banalisation de discours toujours plus hostiles envers les personnes exilées : « Se réjouir du malheur infligé à son voisin est une étape supplémentaire dans l’abjection. » Cette réflexion a résonné tout au long de l’après-midi, rappelant que la question du sauvetage en mer ne relève pas seulement des politiques migratoires, mais aussi des valeurs que nos sociétés choisissent de défendre.

Crédit photo : Xavier B.
Donner un visage aux parcours d’exil
La projection du documentaire Mothership, réalisé par Muriel Cravatte, a ensuite offert un autre regard sur la réalité en Méditerranée centrale. Tourné à bord de l’Ocean Viking, le film donne la parole à des femmes ayant survécu à la traversée après avoir fui la Libye.
Il met en lumière des trajectoires individuelles, des espoirs, des violences subies et la reconstruction qui commence à bord du navire-ambulance. Les échanges qui ont suivi avec la réalisatrice et le public ont prolongé cette réflexion sur la nécessité de rendre visibles celles et ceux dont les histoires restent trop souvent ignorées.
Quand la solidarité se vit aussi en musique
À la tombée du jour, la place d’armes du Fort Saint-Jean s’est transformée en espace de rencontre et de célébration. Concerts, discours et performances artistiques se sont succédé dans une ambiance à la fois festive et engagée. Les artistes mobilisé.e.s – Thomas de Pourquery, Sam Karpienia, Tarek Abdallah, Maryam Kaba, Twerkistan, Matteo et Tracy de Sá – ont rappelé, chacun.e à sa manière, que la culture peut aussi être un levier de solidarité et de résistance face à l’indifférence.
Cette soirée a permis de rassembler bénévoles, soutiens de longue date, partenaires et nouveaux sympathisants pour défendre le devoir de porter secours à toute personne en détresse en mer.

Crédit photo : Xavier B
Dix ans plus tard, toujours là
Dix ans après le premier sauvetage de SOS MEDITERRANEE, l’urgence demeure. Plus de 43 000 personnes ont été secourues par l’association depuis le début de nos opérations, mais les naufrages se poursuivent et la Méditerranée centrale reste l’une des routes migratoires les plus meurtrières au monde.
Au Mucem, cette journée n’a pas seulement permis de revenir sur une décennie de sauvetages en mer Méditerranée. Elle a aussi rappelé que derrière chaque sauvetage, chaque témoignage et chaque mobilisation, il y a une volonté commune : garder le cap, ensemble, aussi longtemps qu’il le faudra.
Nous remercions le Mucem, l’ensemble de nos bénévoles présent.e.s, et le public venu nombreux pour manifester son soutien à notre action.
Crédit photo : Xavier B


